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Le Groenland présente un rapport très attendu sur la contraception forcée des Inuites
Pendant près de deux ans, le Groenland s'est penché sur l'un des chapitres les plus sombres de son Histoire avec le Danemark: la campagne de contraception forcée d'Inuites menée par Copenhague. Les conclusions sont présentées vendredi dans un rapport qui doit déterminer si cette politique peut être qualifiée de "génocide".
Ce sera ensuite au gouvernement groenlandais de déterminer les suites à donner aux conclusions du rapport.
"Pour nous, il s'agit d'essayer de comprendre notre Histoire. D'autres peuvent estimer que nous devrions simplement nous taire à ce sujet et essayer d'être conciliants, en raison de l'agressivité des États-Unis envers le Groenland", explique à l'AFP Naaja Nathanielsen, députée représentant l'île arctique au Parlement danois.
Alors ministre, c'est Mme Nathanielsen qui en août 2024 a lancé cette commission chargée de faire la lumière sur les implications juridiques de la campagne qui s'est déroulée entre les années 1960 et 1990.
Pendant cette période, plus de 4.000 Groenlandaises se sont vu poser un stérilet, en grande majorité sans leur consentement ou celui de leurs parents si elles étaient mineures.
"Tout ce qui se passe actuellement entre le Danemark et le Groenland est scruté de près. Il y a une pression sur cette relation, donc bien sûr, dès qu'on commence à parler de génocide, cela accroît cette pression", note l'historienne Astrid Andersen, chercheuse à l'Institut danois des études internationales (DIIS).
"Tout le monde au Groenland a été très clair sur le fait que cette affaire tragique ne doit pas être utilisée pour légitimer d'autres objectifs politiques sur la scène internationale", insiste-t-elle.
Les quatre experts attitrés n'ont pas réussi à s'accorder sur l'approche à adopter et ont écrit deux rapports remis avec près de six mois de retard sur le calendrier initial.
- "Pas seulement de l'Histoire" -
Pour Henriette Berthelsen, l'une des victimes, leurs conclusions sont de toute façon biaisées par l'absence d'Inuits groenlandais parmi les experts.
"Pour moi, ce n'est pas seulement de l'Histoire ou de la politique, c'est mon corps, ma vie et mon droit à l'autodétermination. Et une fois de plus, je constate que ce sont d'autres qui vont enquêter et définir ce qui a été fait à moi-même et à d'autres femmes inuits", déplore-t-elle auprès de l'AFP.
Baptisée au Groenland l'affaire "anticonception", la campagne a notamment touché des adolescentes de 12 ans dont certaines n'ont ensuite jamais pu avoir d'enfants.
A l'heure où l'immense île arctique est convoitée par les Etats-Unis, Nuuk et Copenhague soignent leur lien tout en faisant la lumière sur plusieurs épisodes du passé : enfants adoptés sans consentement de la part des parents ou arrachés à leurs familles, contraception forcée.
Le Parlement danois a donné jeudi le feu vert à l'indemnisation des victimes de la campagne de contraception, voulue par la Première ministre.
L'année dernière, Mette Frederiksen avait officiellement présenté les excuses du Danemark.
- "Dépasse l'imagination" -
Mais la médiatisation de l'affaire a ravivé des traumatismes enfouis depuis des décennies.
"J'ai réalisé tout ce que cela m'avait coûté, toutes ces hospitalisations, ces opérations, ces formations perdues et, surtout, ces douleurs que je n'avais jamais associées à ce fichu stérilet", confie Kirstine Najârak Berthelsen.
"Il était si bien enfoui dans mon subconscient. (...) Tout ce qui est arrivé aux autres dépasse l'imagination, si on ne l'a pas vécu soi-même", ajoute-t-elle.
Fin 1970, une femme groenlandaise sur deux en âge de procréer, soit au moins 4.070 femmes, avait reçu un stérilet, selon une enquête présentée en septembre 2025.
C'est la prise de parole d'une victime puis une série de podcasts en 2022 qui ont révélé au grand public l'existence de cette campagne de contraception.
Pour Henriette Berthelsen, il faut désormais lancer une commission "Vérité et réconciliation", une possibilité envisagée par le gouvernement danois. Selon cette psychologue de 68 ans, cela permettra de "reconnaître ce qui s'est passé".
"Je crois que ce n'est qu'ainsi que nous pourrons commencer à guérir et à aller de l'avant – non pas en adversaires, mais en êtres humains et en peuples égaux en dignité."
H.Romero--AT