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Le cadmium, un métal lourd qui pèse sur la santé et les sols
Il est toxique, imprègne notre environnement et notre alimentation: le cadmium est un métal lourd naturellement présent dans les sols mais aussi apporté par les pratiques industrielles et désormais surtout agricoles, via l'utilisation d'engrais phosphatés.
- Un enjeu de santé publique -
Dans un rapport publié en mars, l'agence de sécurité sanitaire Anses confirme que, hors tabac, l'alimentation est en France la principale source d'exposition au cadmium, classé comme "cancérogène, mutagène et toxique pour la reproduction".
En cas d'exposition prolongée, le cadmium est reconnu "cancérogène certain pour le poumon". Il peut aussi entraîner "des atteintes rénales" ou une fragilité osseuse.
Pour l'Anses "une part significative de la population dépasse au cours de sa vie les valeurs sanitaires de référence".
Les aliments à base de céréales (blé, riz) sont les principales sources d'apport car très consommés, bien qu'ils présentent des teneurs moins élevées que d'autres aliments (crustacés, chocolat, abats).
- D'où vient le cadmium? -
Le cadmium est un élément chimique présent naturellement dans le sol. La concentration est plus forte dans la roche sédimentaire, notamment en Afrique du Nord. Elle est moins élevée dans les roches magmatiques de Sibérie ou d'Afrique du Sud.
En France, elle est plus forte dans les zones de roches calcaires de Champagne, Charente ou du Jura. La teneur de cadmium dans les sols agricoles et forestiers y est, en moyenne, de 0,30 mg par kilogramme de terre, selon l'institut de recherche Inrae.
"Aujourd'hui, la quantité de cadmium qui entre dans les sols provient pour 50 à 70% des engrais phosphatés", relève Thibault Sterckeman, ingénieur agronome à l'Inrae.
Mais, tempère-t-il, si ces fertilisants constituent désormais la première source de pollution, ces apports ne représentent que "0,1% du stock total de cadmium dans le sol".
L'essentiel du cadmium présent est ancien, d'origine géologique ou industrielle (mines, fonderies) comme dans le bassin minier du Nord-Pas-de-Calais.
La pollution atmosphérique d'origine industrielle est aujourd'hui très faible. L'apport via les engrais, qui continue d'augmenter, est celui sur lequel l'Homme a les moyens d'intervenir à court terme.
- Où se situe la France en Europe? -
Selon une analyse publiée par le centre de recherche européen sur les sols (étude Ballabio), la moyenne européenne est de 0,20 mg de cadmium par kg de terre, tous sols confondus, sur une profondeur de 0 à 20 cm.
Selon cette étude, la France se situe à 0,25 mg, un peu au-dessus de la moyenne de l'UE: la teneur est supérieure en Pologne (0,37 mg), en Belgique (0,49 mg) et surtout en Irlande (1,04 mg), mais inférieure en Allemagne (0,19 mg), en Finlande (0,18 mg) ou en Hongrie (0,07 mg).
La population française est-elle plus exposée que ses voisins ?
L'Anses décrit une situation préoccupante que nul ne conteste, mais l'ampleur de l'exposition fait encore débat et devra être affinée lors de prochaines analyses.
- Comment réduire l'exposition? -
L'Anses préconise d'agir "à la source", en réduisant la teneur de cadmium des engrais: soit en s'approvisionnant dans des gisements à la teneur plus faible, soit en réduisant le taux par un procédé de "décadmiation".
L'agence recommande d'abaisser immédiatement les limites maximales autorisées de cadmium dans les engrais phosphatés à 20 mg/kg, contre 90 mg/kg actuellement en France et 60 mg/kg en Europe.
Interrogé par l'AFP, le ministère de l'Agriculture a indiqué envisager un abaissement du seuil progressif, passant "à 60 mg/kg en 2027", puis à "40 mg/kg en 2030" et "20 mg/kg" d'ici 2038.
Principal fournisseur de la France (environ 40% des importations), le géant marocain du secteur, l'OCP, assure avoir "réduit significativement" la teneur de ses produits et dit livrer à l'UE, depuis février 2025, des engrais phosphatés contenant "moins de 20 mg/kg".
Pour le ministère, une "trajectoire trop brutale d'abaissement" appliquée à l'ensemble des fournisseurs "aurait des répercussions tant sur les capacités d'approvisionnement que sur la souveraineté alimentaire et économique du pays".
L'Inrae recommande de "limiter l'usage des engrais de synthèse", qui a déjà diminué "de 70% depuis les années 80".
Mais aussi de sélectionner des variétés de céréales, notamment de blé dur pour les pâtes et meunier pour le pain, "moins accumulatrices de cadmium".
T.Sanchez--AT