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A 82 ans, l'astrophysicienne Jocelyn Bell Burnell encourage les femmes à "briller"
"Tu es faite de poussières d'étoiles: alors brille!", lance Jocelyn Bell Burnell à une étudiante. A 82 ans, l'astrophysicienne britannique, injustement privée du Nobel pour sa découverte des pulsars dans les années 60, continue d'encourager les femmes en sciences.
Ce mardi soir, quand elle pénètre dans l'amphithéâtre de l'IPSA, en banlieue parisienne, à l'invitation de l'association d'étudiants de cette école d'ingénieurs spécialisée dans l'aéronautique et le spatial, la célèbre scientifique commence par sonder l'assistance de ses yeux bleu pervenche.
Avant d'afficher un sourire satisfait: "vous avez une meilleure parité qu'en Grande-Bretagne! Il y a des progrès: quand j'étais étudiante en licence à Glasgow, notre classe comptait 49 hommmes... et moi".
"Personne ne voulait travailler avec une femme. J'ai donc dû résoudre tous mes problèmes toute seule. C'est un travail difficile, mais c'est formateur!", raconte-t-elle dans la salle bondée, où fusent les questions des étudiants et d'astrophysiciens admiratifs.
Née en 1943 en Irlande du Nord, Jocelyn Bell Burnell est devenue un symbole des femmes scientifiques longtemps restées dans l'ombre de leurs collègues et mentors masculins.
En 1967, alors qu'elle épluche d'interminables relevés de radioastronomie dans le cadre de sa thèse, la jeune étudiante remarque un étrange signal régulier.
Son superviseur croit d'abord qu'elle a mal réglé l'instrument: "+Stupide fille!+ ou +Femme stupide!+ m'a-t-il dit. J'étais tour à tour l'une ou l'autre. Je n'ai jamais bien compris la différence", confie-t-elle pince-sans-rire.
Mais après des vérifications et le repérage de signaux similaires dans d'autres endroits du ciel, il devient évident que la doctorante a découvert un nouvel objet céleste: un pulsar.
Cette étoile à neutrons en rotation très rapide émet des impulsions de façon extrêmement régulière, comme un phare dans la nuit, en faisant une sorte d'"horloge" cosmique très précise.
La découverte fait grand bruit. Mais c'est son directeur de thèse qui reçoit le prix Nobel en 1974, déclenchant une vive controverse sur l'omission de Jocelyn Bell Burnell.
"Une des choses que j'ai apprises, c'est qu'obtenir le Nobel marque la fin d'une carrière. Si tu n'obtiens pas de Nobel, en revanche, tu reçois toutes les autres récompenses possibles", philosophe-t-elle cinquante ans plus tard. "Tous les deux ou trois ans, il y a une cérémonie de remise de prix et une fête. Et c'est amusant!"
- "Syndrôme de l'imposteur" -
Désormais mondialement reconnue, Dame commandeur de l'Empire britannique, Jocelyn Bell Burnell a notamment reçu en 2018 le "Breakthrough Prize" en physique fondamentale.
Lancée par des entrepreneurs de la Silicon Valley, cette prestigieuse récompense est dotée de 3 millions d'euros, qu'elle a intégralement consacrés à la création d'une bourse pour aider les étudiants issus de minorités à poursuivre des études en physique. "Principalement des femmes".
Après avoir longtemps "souffert du syndrôme de l'imposteur", la prise de conscience de son rôle de modèle est venue "progressivement", car "la discrimination est subtile, faite de petits détails, de nombreuses petites blessures", confie-t-elle.
Comme lorsqu'un professeur en licence lui avait affirmé que "les femmes ne pouvaient pas faire de géologie". Ou lorsqu'elle a été contrainte de changer régulièrement de domaine d'études pour "obtenir un poste au centre d'astronomie le plus proche" au gré des affectations de son mari.
"C'est ainsi que je suis passée de la radioastronomie à l'astronomie des rayons gamma, puis des rayons X, à l'infrarouge et enfin au domaine millimétrique. Une carrière complètement insensée! Mais parce que j'ai travaillé dans tous ces domaines, je comprends mieux que beaucoup de gens la portée des nouveaux résultats qui arrivent", souligne la chercheuse.
Les ondes gravitationnelles et l'astrophysique des neutrinos, deux domaines très récents, vont "probablement produire certaines des révolutions, des surprises parmi les plus importantes" des prochaines années, estime-t-elle. "C'est une époque passionnante! Allez faire de la recherche en astrophysique !"
W.Nelson--AT