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IA : le Français Yann LeCun lève 890 millions d'euros et veut un "changement de paradigme"
Après Meta, une nouvelle page s'ouvre pour le chercheur en IA Yann LeCun : la startup qu'il a cofondée a annoncé mardi avoir levé 890 millions d'euros pour accélérer la recherche de nouveaux modèles d'IA capables de comprendre le monde physique.
AMI, sa nouvelle entreprise valorisée à trois milliards d'euros avant cette opération, achève ainsi une première levée de fonds qui a attiré plusieurs grands groupes, dont Toyota, Nvidia et Samsung, et des personnalités de la tech, dont l'ancien PDG de Google Eric Schmidt, et le fondateur d'Amazon Jeff Bezos.
L'objectif du Français Yann LeCun, grand nom de l'IA et co-lauréat en 2018 du prix Turing, considéré comme le prix Nobel de l'informatique : aboutir à une "IA qui comprenne le monde physique, le monde réel", explique-t-il lors d'un entretien avec l'AFP.
Il vante déjà la "prochaine révolution de l'IA", loin de ChatGPT et autres agents conversationnels.
Le chercheur s'est érigé depuis plusieurs années en voix discordante de l'IA générative, en soulignant les limites des grands modèles de langage (LLM), sur lesquels sont notamment basés les agents conversationnels.
C'est cette divergence qui l'a amené à quitter Meta alors que le groupe s'était recentré sur le développement des LLM, assure-t-il, ajoutant avoir gardé de "bonnes relations avec Mark Zuckerberg".
"Je suis très clairement dans le camp du changement de paradigme", déroule le chercheur.
Il veut créer des modèles capables de raisonner non plus uniquement sur le langage mais à partir de nombreuses données très différentes, "à la manière des animaux et des humains".
Avec ses cinq co-fondateurs, l'ingénieur se place dans la lignée des travaux qu'il avait menés chez Meta sur une nouvelle architecture d'IA, baptisée JEPA. "C'est la continuation directe de ce projet, mais en passant à la vitesse supérieure", indique-t-il.
- Optimiste -
Avec ces nouvelles recherches sur les "world models", traduits en français par "modèles du monde", l'équipe espère atteindre des applications industrielles hors de portée des LLM.
Le but est d'arriver à analyser et prévoir des procédés complexes, tels que le fonctionnement d'un moteur d'avion, d'une centrale électrique, ou celui de l'organe d'un patient.
Des premiers débouchés qui devraient voir le jour relativement rapidement, d'après la feuille de route de l'entreprise.
"On va se concentrer sur la recherche et le développement la première année", indique Yann LeCun, ajoutant que des discussions avec les "partenaires industriels" seraient menées d'ici 6 à 12 mois.
D'ici trois à cinq ans, l'objectif est de "produire des systèmes intelligents un peu universels qui pourraient être utilisés pour à peu près n'importe quelle application qui nécessite des machines intelligentes", notamment la conduite autonome et la robotique.
Jusqu'où pourraient aller ces nouveaux modèles ? "Il y a des choses qu'il faut bien sûr s'interdire de faire", assure le chercheur.
L'utilisation éthique de l'IA provoque un vif débat aux Etats-Unis, où la question de l'utilisation de l'IA à des fins militaires oppose les deux géants OpenAI et Anthropic.
"A la fin, la décision de quelle est la meilleure utilisation de l'IA pour la société ne devrait pas être dans les mains de quelqu'un comme moi, ou comme mes collègues", estime Yann LeCun. "C'est à la société et à ses institutions démocratiques de décider."
Professeur à l'université de New York, le chercheur arbore désormais une nouvelle casquette de président non-exécutif d'AMI, tandis qu'Alexandre Lebrun, ancien dirigeant de la startup française de santé Nabla, prend le poste de directeur général.
L'entreprise, dont le siège est à Paris, a déjà investi les locaux de ses trois autres bureaux, à New York, Singapour et Montréal.
AMI cherche désormais à compléter ses équipes. "On a déjà recruté pas mal de gens mais là ça s'accélère, (...) à très brève échéance, on va être entre 20 et 30", rapporte Yann LeCun.
A.Ruiz--AT