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Au Niger, découverte inédite d'un dinosaure surnommé le "héron infernal"
Au terme d'une véritable expédition dans le désert nigérien, partie d'une ligne d'une monographie française vieille de 60 ans, une nouvelle espèce de dinosaure a été découverte par un paléontologue américain et son équipe qui ont publié leurs résultats jeudi dans la revue Science.
La découverte de "Spinosaurus mirabilis" est "la première preuve indiscutable d'une nouvelle espèce de Spinosaurus depuis un siècle", se réjouit l'Université de Chicago, où est professeur le paléontologue Paul Sereno qui a dirigé l'équipe de recherches.
Le "Spinosaurus mirabilis" - du latin "étonnant" - un bipède géant de douze mètres de long, avec une impressionnante épine dorsale, a vécu il y a 95 millions d'années et se distingue des autres Spinosaurus notamment par sa grande crète en forme de cimeterre de 50 cm et son museau plus long et porté plus bas.
Rivalisant en taille avec le célèbre Tyrannosaurus rex, ce Spinosaurus se nourrissait de poissons qu'il capturait dans les nombreuses rivières et forêts qui couvraient alors le Sahara.
"Je pense que c'est un héron infernal", s'amuse Paul Sereno, joint par l'AFP. "Si vous regardez la longueur du crâne, la longueur du cou et la longueur des membres postérieurs, vous êtes du côté du héron".
Cette morphologie, combinée à un habitat loin des côtes, porte un "coup de grâce", selon les chercheurs, à l'hypothèse selon laquelle les Spinosaurus seraient des prédateurs aquatiques.
Comme le héron, "il s'agissait d'un animal qui aurait pu facilement entrer dans l'eau. Mais je ne pense pas que c'était un plongeur, ni un bon nageur", explique M. Sereno.
Ses dents imbriquées fonctionnaient comme un "piège" pour les poissons géants qui peuplaient les rivières nigériennes au Crétacé.
- "Site stupéfiant" -
En 2019, Paul Sereno et son équipe partent au Niger sur les traces d'un géologue français, Hugues Faure, décédé en 2003, qui avait découvert dans les années 1950 sur un site nommé Akarazeras, une dent, appartenant probablement au superprédateur Carcharodontosaurus.
"Désormais, on a plusieurs choses que Faure n'aurait pu imaginer même en rêve. Nous avons des coordonnées GPS, des drones, de meilleurs véhicules", note le paléontologue américain.
Mais sur place, après avoir épuisé le site, son équipe ne fait aucune découverte majeure.
Dépités, les chercheurs retournent à leur campement. Quand un Touareg, "habillé d'un long manteau noir", portant "un chèche vert" et une "épée dans le dos", se présente sur une petite moto Honda.
"Il nous dit qu'il connaît un endroit où se trouvent de gros os", raconte Paul Sereno qui décide de le suivre.
"Au bout d'un jour et demi (de route), je me suis dit que nous avions peut-être fait une erreur", se remémore-t-il. "On se demandait même, en plaisantant, si nous étions toujours au Niger".
Mais finalement, c'est la consécration: du sol affleurent "les plus gros os" jamais vus par le paléontologue dans le Sahara, notamment un "fémur de six pieds (1,80m) de long", une mâchoire, des dents et ce qui s'avèrera être la base de la crête.
Après avoir analysé les restes à l'université de Chicago en 2022, Sereno monte une équipe de 100 personnes, accompagnée de 64 gardes nigériens pour fouiller à nouveau ce "site stupéfiant".
Ils exhument un crâne, des fragments des pattes arrières, plusieurs crêtes.
"La crête ne correspondait à rien de connu. Nous avons réalisé que c'était une nouvelle espèce (...) et une découverte qui ferait date", poursuit-il. "C'était extrêmement émouvant, certains d'entre nous en ont pleuré".
"Nous contemplions l'image numérique de notre nouveau dinosaure, bouche bée, sous une tente au beau milieu du Sahara. C'est notre moment Jurassic Park, un de ceux dont on se souvient à vie".
H.Gonzales--AT