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Changement climatique: les manchots empereurs menacés aussi pendant leur mue, alertent des chercheurs
Déjà vulnérables pendant leur période de reproduction, les manchots empereurs sont aussi menacés lors de leur mue annuelle par le changement climatique qui les contraint à se réfugier dans des zones de banquise antarctique de plus en plus réduites, ont indiqué des chercheurs mercredi.
Ces oiseaux, incapables de voler, renouvellent chaque année l'intégralité de leur plumage pendant l'été austral, puisant dans leurs réserves de graisse pour survivre pendant plusieurs semaines, le temps que leurs plumes imperméables repoussent et qu'ils puissent à nouveau nager et chasser dans les eaux glacées.
Un rituel déjà périlleux, qui pourrait devenir mortel à mesure que les zones de glace de mer dont ils ont besoin dans cette période rétrécissent en raison de la montée des températures.
Des chercheurs du British Antarctic Survey, analysant sept années d'images satellites, ont découvert par hasard plusieurs colonies en mue le long du littoral extrêmement isolé d'une zone connue sous le nom de terre Marie Byrd, dans la partie occidentale de l'Antarctique.
Avec la fonte de la banquise, les manchots empereurs se sont retrouvés contraints de vivre dans des espaces de plus en plus restreints, formant des groupes de plus en plus compacts et densément peuplés, indique l'organisation britannique de recherche polaire dans un communiqué.
- Plus que 25 groupes -
Ainsi, en 2025, seuls 25 petits groupes de manchots étaient visibles sur les images satellites, alors qu'en 2022, plus de 100 groupes avaient été observés dans la même région, souligne l'étude.
"Bien que nous ignorions ce qui est arrivé à ces manchots, nous savons qu'ils peuvent trouver de nouveaux sites de reproduction adaptés après la fonte des glaces. Il est donc possible qu'ils aient établi de nouveaux sites de mue ailleurs. Mais il est également possible qu'un grand nombre (...) aient péri après avoir pénétré dans l'océan austral avant d'avoir pu renouveler leur plumage imperméable", explique Peter Fretwell, auteur principal et expert en cartographie au British Antarctic Survey.
"Si tel est le cas, la situation des manchots empereurs est encore plus critique que nous le pensions", a-t-il ajouté.
L'an dernier, une précédente étude du British Antarctic Survey avait établi que les populations de manchots empereurs avaient perdu plus de 20% de leurs membres en 15 ans dans une de leurs zones majeures de peuplement en Antarctique.
- Banquise divisée par 5 -
Selon une autre étude réalisée en 2020, les manchots empereurs comptent environ 250.000 couples reproducteurs, tous en Antarctique.
De janvier à mars, les manchots empereurs de la mer de Ross, en Antarctique occidental, migrent jusqu'à 1.000 kilomètres pour muer sur une banquise stable, située vers la terre Marie Byrd, l'une des rares régions qui, historiquement, conserve sa banquise côtière tout au long de l'année. La mue dure environ quatre à cinq semaines, période durant laquelle les manchots ne peuvent pas accéder aux eaux glaciales.
L'étendue de la banquise antarctique a chuté à des niveaux historiquement bas entre 2022 et 2024, accompagnée d'une diminution drastique de la banquise côtière, a souligné le British Antarctic Survey.
Dans la région observée, la banquise est passée d'une moyenne de 500.000 kilomètres carrés sur 50 ans (soit environ la superficie de l'Espagne) à 100.000 kilomètres carrés en 2023. Seuls 2.000 kilomètres carrés de banquise côtière subsistaient près des côtes.
Or, durant ces années, la banquise s'est brisée avant que les manchots n'aient terminé leur mue, ce qui fait craindre que beaucoup n'aient pas survécu, indiquent les scientifiques.
"S'ils sont contraints de rejoindre l'océan avant que leur plumage ne soit complètement renouvelé, ils risquent l'épuisement dû à une dépense énergétique accrue, l'hypothermie et un risque accru de prédation", ont-ils expliqué.
La fonte de la banquise a également des conséquences catastrophiques pendant la période de reproduction, d'avril (formation des couples) à décembre (départ des poussins vers la mer), des manchots empereurs. En 2025, le British Antarctic Survey avait montré que ces dernières années, certaines colonies avaient perdu l'intégralité de leurs poussins, noyés ou morts de froid lorsque la glace a cédé avant qu'ils ne soient prêts à affronter l'océan glacial.
Selon plusieurs études, l'Antarctique se réchauffe deux à quatre fois plus vite que les autres parties du globe.
A.O.Scott--AT