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Avant 2026, les JO d'hiver italiens: en mondiovision à Cortina, des éléphants blancs à Turin
En 1956, la renaissance d'un pays à Cortina d'Ampezzo retransmise en direct pour la première fois par la télévision; en 2006, Turin ou les débuts de l'ère de "la folie des grandeurs": retour sur les deux précédents JO d'hiver organisés par l'Italie, avant la quinzaine du blanc de Milan Cortina (6-22 février).
. 1956, loin des stéréotypes sur l'Italie
Lorsqu'elle organise en 1956 les septièmes Jeux d'hiver de l'histoire, Cortina d'Ampezzo est un bourg de 6.500 habitants, déjà surnommé la "perle des Dolomites" et destination privilégiée de la bourgeoisie italienne.
"Que l'Italie qui avait perdu la guerre soit capable d'organiser les Jeux d'hiver à ce moment-là, c'est quelque chose d'extraordinaire", rappelle Nicola Sbetti, historien du sport à l'université de Bologne.
Et ces Jeux que Cortina aurait dû initialement accueillir en 1944, doivent permettre d'envoyer un message au reste du monde: "L'ambition, c'est de montrer l'efficacité et la modernité du pays, loin des stéréotypes sur l'Italie (...) Tous les travaux sont finis en avance, les infrastructures aussi bien sportives que routières et ferroviaires sont toutes à l'avant-garde", poursuit l'universitaire, qui présente les JO-1956 comme "une répétition générale pour les Jeux de Rome" en 1960.
"On veut aussi démontrer que l'Italie est un pays pacifique qui ne veut plus la guerre, qui ne veut pas utiliser le sport pour prouver sa puissance", poursuit M. Sbetti.
L'Italie renonce ainsi à sélectionner le champion olympique 1952 de descente Zeno Colo, symbole du professionalisme honni alors par le CIO depuis qu'il a donné son nom à une ligne de vêtements de ski.
En l'absence de Colo, les épreuves de ski sont survolées par l'Autrichien Toni Sailer, le premier à remporter les trois courses au programme (géant, slalom, descente) devant les caméras de télévision.
"Techniquement, on peut voir des images en direct", rappelle Grégory Quin, maître d’enseignement et de recherche à l’Institut des sciences du sport de l’Université de Lausanne (Unil).
"Ce n'est pas des dizaines d'heures de programme, c'est quelques minutes par-ci, par-là (...) On est encore dans un tout petit entre-soi qui n'est pas du tout décloisonné par la médiatisation à ce moment-là", nuance-t-il.
Pour le sport français, Cortina est un échec cuisant: aucune médaille pour la première et (jusqu'ici) seule fois dans des Jeux d'hiver, quatre ans avant une autre déroute, à Rome (cinq médailles, aucun titre) qui a eu l'effet d'un électrochoc.
. 2006, hors sol et néo-libéral
Si Cortina marquait la fin de "la première époque de l'Olympisme d'hiver", "celle des stations mondaines, comme Chamonix et St Moritz", rembobine Grégory Quin, les JO de Turin marquent le début d'un "troisième temps": "On est un peu hors sol, dans cette espèce de folie des grandeurs, un peu néo-libéral, tout est possible, il n'y a pas de contraintes environnementales, économiques".
Comme ensuite à Vancouver, en 2010, Sotchi, en 2014, Pyeongchang en 2018 et Pékin en 2022, "les Jeux de Turin sont organisés quelque part où il n'y a pas du tout de tradition des sports d'hiver", rappelle l'enseignant de l'Unil.
Ces JO-2006, mettant aux prises 2.500 sportifs de 80 nationalités différentes dans sept sports et quinze disciplines, n'ont certes pas le coût pharaonique de ceux de Sotchi ou l'impact environnemental de ceux de 2018 et 2022 où il a fallu tout construire en montagne.
Mais ils ont laissé autour de Sestrières deux "éléphants blancs", symboles d'un projet mal pensé, la piste de bobsleigh de Cesana et les tremplins de saut à skis de Pragelato, construits spécialement pour l'événement et vite abandonnés car "dans des vallées pas faciles à atteindre, sans projet pour l'après et des coûts de gestion élevés", énumère Nicola Sbetti.
Derrière ces Jeux, la famille Agnelli qui veut, rappelle le chercheur à l’université de Bologne, "faire avec Turin, ville industrielle tournée exclusivement vers l'industrie automobile ce que Barcelone a fait grâce aux JO-1992".
"Cela a été un succès sur cet aspect-là, Turin est devenue une ville tertiaire, plus verte, plus moderne, plus internationale", constate-t-il.
F.Ramirez--AT