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Etudier les incendies dans l'espace pour sécuriser les vols habités
Les incendies dans les navettes ou stations spatiales présentent des spécificités différentes de ceux sur Terre, une problématique sur laquelle se penchent des chercheurs afin de sécuriser les prochains vols habités.
L'histoire de la conquête spatiale est marquée par le drame inaugural de la mission Appolo 1, en janvier 1967. A quelques jours du décollage, les trois premiers astronautes du programme qui allait mener l'Homme sur la Lune deux ans plus tard ont trouvé la mort dans l'incendie de leur capsule, lors d'un entraînement au sol.
"A l'époque, les capsules étaient remplies d'oxygène pur, à 100%, et à basse pression au lieu d'être à pression atmosphérique, pour que les astronautes puissent respirer. Mais plus vous avez d'oxygène, plus ça brûle", explique à l'AFP Serge Bourbigot, professeur à Centrale Lille Institut.
Depuis le drame d'Appolo 1, les astronautes évoluent donc dans des navettes où le taux d'oxygène est de 21%, comme sur Terre. Mais ce n'est pas pour autant que les incendies dans l'espace fonctionnent de la même manière que sur notre planète.
Lorsqu'on allume une bougie sur Terre, la chaleur monte parce que l'air chaud est moins dense que l'air froid.
Mais dans les navettes ou stations en orbite, "en raison de la microgravité, ça reste sur place. Au lieu de voir un panache sortant de la bougie, vous avez une boule de flamme" dont la propagation est différente, explique M. Bourbigot.
"Cette boule va créer de la chaleur et rayonner, envoyer de la chaleur à l'environnement. Le feu va se propager comme ça", ajoute-t-il.
- Fusée sonde -
Avec trois autres chercheurs - son compatriote Guillaume Legros (Sorbonne Université), le Belge Bart Merci de l'Université de Gand, et l'Allemand Florian Meyer de l'Université de Brême - ils viennent d'obtenir la prestigieuse bourse européenne Synergy ERC 2025 pour se pencher sur cette problématique.
D'autant que la NASA vient de préconiser - sans fournir de calendrier - la construction de navettes et stations spatiales où le taux d'oxygène passerait à 35%, et ce, pour des raisons essentiellement économiques.
"Avec 35% d'oxygène, il faut moins de pression à l'intérieur du vaisseau donc la structure peut être plus légère. Or, plus c'est lourd, plus il faut une grosse fusée, et plus c'est cher", résume M. Bourbigot.
Mais, de nouveau, quand le taux d'oxygène augmente, le risque lié aux incendies augmente. M. Bourbigot et ses collègues doivent développer leur pistes de réflexion, complémentaires, afin de trouver une parade.
Guillaume Legros se penche sur la mitigation active, c'est-à-dire étouffer les flammes en envoyant des ondes acoustiques. Des tests ont déjà été effectués grâce à des vols paraboliques qui permettent de recréer les conditions de microgravité pendant 22 secondes.
Serge Bourbigot travaille sur les retardateurs, des composés chimiques incorporés dans les matériaux. Cela existe déjà sur Terre, et le chercheur va donc "faire des comparaisons". Mais là encore, la microgravité bouscule les connaissances. "Nous avons des fumées plus denses ce qui pose un problème d'opacité", note-t-il.
L'Allemand Florian Meyer va développer "différents capteurs pour mieux mesurer les températures, et suivre au plus près une propagation".
En Belgique, Bart Merci simulera numériquement des flammes en microgravité jusqu'à leur propagation dans le vaisseau spatial ou dans l'habitat lunaire ou martien, où la microgravité est encore différente.
L'objectif d'ici quatre ans est de pouvoir envoyer une fusée sonde, afin de tester un incendie dans l'espace "pendant 6 minutes de microgravité". Elle sera construite par Airbus Defence and Space à Brême, et décollera de Laponie, en Suède.
Pour leurs recherches regroupées au sein du programme Firespace, les scientifiques ont obtenu 14 millions d'euros, de quoi financer leurs travaux pour les six prochaines années.
O.Ortiz--AT