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Tech: Macron prône la "préférence européenne" pour ne pas être le "vassal" des Etats-Unis et de la Chine
Ne pas être un "vassal", "préférence européenne", "forger son chemin numérique": le président français et le chancelier allemand ont appelé mardi à la mobilisation pour "une souveraineté numérique" européenne, et rattraper le retard sur les Etats-Unis et la Chine.
Friedrich Merz et Emmanuel Macron clôturaient un sommet de responsables politiques et d'acteurs de la tech avec l'objectif d'impulser en tandem cette quête d'indépendance technologique, alors que l'Europe accuse un retard considérable, en particulier dans le domaine de l'intelligence artificielle.
"Soyons clairs, l'Europe ne veut pas être le client des grands entrepreneurs ou des grandes solutions proposées, que ce soit par les États-Unis ou par la Chine. Nous voulons clairement concevoir nos propres solutions", a indiqué M. Macron, martelant un "refus d'être un vassal".
Il a pointé une "fascination pour les solutions non européennes", qui doit être contrée par la mise en place d'une "préférence européenne", la "première priorité" afin de permettre l'essor des "champions" continentaux de la tech.
"Nous travaillons ensemble vers un objectif commun : la souveraineté numérique européenne", qui a un coût moindre que la dépendance, a déclaré M. Merz, appelant à ne pas laisser "la suprématie technologique" aux États-Unis et à la Chine.
- "Centaines de milliards" -
Selon le dirigeant allemand, les entreprises européennes ont fait plus de 12 milliards d'euros de promesses d'investissements lors du sommet.
Un montant non-négligeable en Europe mais loin de la force de frappe des acteurs américains, et loin des "centaines de milliards d'euros chaque année [nécessaires] pour rester dans la course" soulignés mardi à Berlin par le ministre français de l'Economie Roland Lescure.
Selon un communiqué commun, le sommet a rassemblé 900 personnes : ministres, représentants européens et patrons du secteur comme le spécialiste français de l'IA Mistral, et le géant allemand des logiciels SAP.
Contrainte de compter sur les géants Nvidia, Google, Amazon et autre OpenAI, l'Europe est appelée à reprendre la main sur son destin numérique.
Une condition avancée par le chancelier allemand, et soutenue par M. Macron : "simplifier radicalement nos pratiques réglementaires" accusées de freiner l'innovation, ce que la Commission européenne doit proposer mercredi dans son texte "omnibus".
Les deux pays ont notamment appelé à une pause de 12 mois pour certaines dispositions de la loi européenne sur l'IA.
"Nous devons innover avant de réglementer", a dit le président français, évoquant aussi le Règlement général sur la protection des données (RGPD) qui doit, selon lui, être amélioré par Bruxelles.
Quant à l'effort d'investissement, il doit être européen, pour que les "euros ne deviennent pas des dollars", a prévenu M. Lescure.
L'Europe ne peut "appeler à la souveraineté numérique (...) tout en laissant la porte ouverte à la big tech pour accéder au coeur même de nos données financières", a-t-il souligné.
L'UE pourrait aussi imposer aux géants du secteur des services "cloud" (informatique à distance) Amazon et Microsoft des règles renforcées, a annoncé la vice-présidente de la Commission chargée du Numérique, Henna Virkkunen.
La Commission a ouvert mardi deux enquêtes pour "établir si Amazon Web Services et Microsoft devraient être désignés comme contrôleurs d'accès dans l'informatique à distance", ce qui les soumettrait aux obligations du règlement européen sur les marchés numériques (DMA), a expliqué Mme Virkkunen.
Le DMA est une loi emblématique entrée en vigueur l'an dernier et qui vise à mettre fin aux abus de position dominante des géants technologiques.
- "Musée" technologique? -
Toujours est-il que s'agissant de solutions AI, de semi-conducteurs, de composants informatique, l'Europe ne peut que compter sur les importations.
Selon une enquête menée par l'association allemande Bitkom, environ 90% des entreprises allemandes importatrices se considèrent dépendantes de ceux-ci.
Interrogé par l'AFP, le président de Bitkom, Ralf Wintergerst, a souligné l'urgence d'investir massivement: "nous devons augmenter les investissements de manière significative".
Mais la bataille est difficile, entre croissance atone, retards accumulés, et des entreprises miniatures quand on les compare aux rivales américaines.
Ainsi, selon Bitkom, les centres de données européens, un élément clé de la révolution de l'IA, avaient une capacité de 16 gigawatts l'an dernier, contre 48 aux Etats-Unis et 38 à la Chine.
T.Wright--AT