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L'Allemagne, laboratoire européen des applis de santé remboursées
"Seule, c’est très difficile", confie l'Allemande Mona Noé, 30 ans, soulagée grâce à une application mobile prescrite par son médecin pour suivre son alimentation et mieux vivre son syndrome de l’intestin irritable.
Cette habitante de Schleiden, en Rhénanie-du-Nord-Westphalie, fonctionnaire dans la protection civile, utilise l’une des 56 applis de santé désormais remboursées par les caisses d'assurance en Allemagne, pionnière en Europe de ce système de santé numérique.
Santé mentale, obésité, sevrage tabagique... depuis 2020, ces outils baptisés DiGA ("Digitale Gesundheitsanwendung") couvrent un large éventail de besoins et peuvent être prescrits par un médecin, généralement pour trois mois renouvelables.
Avec une croissance de 85% des prescriptions l'an dernier, le système est porté par la numérisation de la médecine et l'essor des téléconsultations depuis la pandémie de Covid.
Pour Mona, qui souffrait depuis l’enfance de crampes et ballonnements sans traitement efficace, le tournant est venu lorsqu’elle a convaincu son médecin de lui prescrire Cara Care, une appli qui l’aide à tenir un journal alimentaire pour repérer les déclencheurs de ses douleurs.
"L’application a transformé ma façon de cuisiner en excluant certains aliments", raconte-t-elle à l'AFP dans sa cuisine en préparant une poêlée de légumes qui se fera sans poivrons ni tomates.
- Un quart des médecins convaincus -
En cinq ans, plus d'un million d'ordonnances comme la sienne ont été signées par près de 60% des médecins allemands, selon une étude de la fédération des fabricants de soins numériques (SVDGV).
Mais seuls environ un quart d'entre eux sont familiers de ces outils.
Le Dr Johannes Patze, à Francfort (ouest), les prescrit "presque tous les jours", surtout pour la santé mentale, dans l'attente d'un rendez-vous avec un thérapeute, qui peut prendre des mois.
Les DiGA offrent un panel de services : informations médicales, suivi personnalisé, échanges en ligne avec des professionnels, séances de méditations et notifications de soutien au quotidien.
Elles sont "disponibles en permanence, 24h/24 et 7j/7", ajoute le médecin.
Reste la facture. Ces applis coûtent en moyenne 600 euros pour trois mois par patient, soit 234 millions d'euros remboursés depuis 2020 par les caisses d'assurance maladie.
La fédération du secteur (GKV) dénonce des tarifs "excessifs" et un manque de preuves d'efficacité.
Mais pour le Dr Patze, les DiGA "réduisent probablement les coûts à long terme, car les patients sont mieux pris en charge".
Henrik Matthies, consultant en santé digitale, abonde : "c'est un surcoût immédiat, mais qui permettra aux patients de reprendre plus vite le travail, donc de soulager le système".
- Effet "catalyseur" -
Le succès des DiGA tient aussi à une procédure accélérée: trois mois pour espérer obtenir une autorisation provisoire d'un an, le temps de démontrer leur efficacité clinique.
Une prouesse, pour le système de santé allemand "très conservateur", selon M. Matthies, dans un pays où la bureaucratie et le retard de la numérisation dans l’administration sont souvent moqués.
Sur 228 dossiers déposés depuis 2020, 43 applications ont été définitivement autorisées et 13 sont encore évaluées.
Le mécanisme a eu un effet "catalyseur" sur les start-up de la santé, en soulageant leurs finances, explique l'expert.
L'Allemagne sert de laboratoire pour la Belgique, le Royaume-Uni ou encore la France qui ont lancé des projets similaires.
Paris a créé en 2023 une procédure accélérée baptisée "Pecan", mais seuls trois dispositifs de télésurveillance ont obtenu un remboursement et toutes les applications mobiles ont été refusées, comme la DiGA allemande anti-insomnie de la start-up Hello Better.
Les fabricants français attendent des règles plus claires "pour éviter que l'émulation des débuts ne laisse place à la déception", souligne Dorothée Camus, du syndicat SNITEM, tandis que la France doit administrer une cure d'amaigrissement à ses dépenses de santé.
Un accord signé en juin entre Berlin et Paris vise à harmoniser les procédures d'évaluation et à accélérer la mise sur le marché.
N.Mitchell--AT