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RDC: A Kinshasa, fin du voyage pour la relique de Patrice Lumumba
Le pèlerinage de neuf jours qui a retracé les temps forts de la vie de Patrice Lumumba en République démocratique du Congo s'achève à Kinshasa avec l'inhumation de son cercueil jeudi, 62e anniversaire de l'indépendance du pays.
Sur l'avenue qui porte son nom et conduit à l'aéroport international de Kinshasa, à "l’Échangeur de Limete", une imposante statue de Lumumba surplombe un mausolée en verre et en béton où sera conservé ce qui reste de la dépouille de ce martyr de l'indépendance: une dent ayant valeur de relique.
Des ouvriers congolais et chinois s'affairaient encore mercredi à nettoyer le pavement ou à arroser la pelouse fraichement plantée à cet endroit. Plus loin, une tribune aux couleurs du drapeau congolais est érigée. Le président Félix Tshisekedi y prendra la parole.
Dans une salle aménagée à côté, au pied de "la tour de l’Échangeur" qui symbolise la ville de Kinshasa, une vingtaine d'artistes congolais ont reproduit à leur manière la vie, la vision et l'héritage politique de ce héros des indépendances africaines.
"Il y a une relation spirituelle entre Lumumba, les ancêtres et le monde", analyse l'organisateur de l'exposition, l'artiste Franck Dikisongele, expliquant le contenu d'un tableau où l'on voit les aïeux aux pieds de Lumumba, parlant dans des mégaphones, alors que lui tient un coq, symbole du réveil, porté vers le ciel.
"Lumumba a porté le poids des revendications et des souffrances de la population congolaise face à la Belgique. Le chemin est demeuré rocailleux, mais il a su conduire le peuple à l'indépendance", explique l'artiste devant un autre tableau montrant le héros tracter une charrette débordante couverte du drapeau de la RDC.
"Lumumba a sué pour réaliser sa mission pour le Congo. Malheureusement, il a aussi versé de son sang", conclut-il en poursuivant la visite.
- "Cohésion nationale" -
Selon des historiens, c'est son discours virulent contre le racisme des colons belges qui l'a fait entrer dans la légende, le 30 juin 1960, jour de la proclamation officielle de l'indépendance de l'ex-Congo belge.
Un discours qui a aussi scellé le sort de ce nationaliste considéré comme un communiste par ses détracteurs. Après seulement 75 jours, le premier Premier ministre de la RDC était neutralisé, puis assassiné quelques mois plus tard, à 35 ans.
Mercredi à Kinshasa, le cercueil a été conduit dans la salle où Lumumba avait prononcé son célèbre discours, au Palais de la nation, siège du Parlement à cette époque.
A cette occasion, le président Félix Tshisekedi a décoré les deux compagnons d'infortune de Patrice Lumumba, Joseph Okito, vice-président du Sénat, et Maurice Mpolo, ministre de l’Éducation, tués dans les mêmes circonstances que lui le 17 janvier 1961 à Shilatembo, dans le Haut-Katanga (sud-est), par des séparatistes katangais et des mercenaires belges.
Pour la veillée funèbre, c'est au bureau du Premier ministre que le cercueil a passé sa dernière nuit avant l'inhumation. Cinq anciens Premiers ministres étaient présents à cette occasion aux côtés de l'actuel chef du gouvernement Jean-Michel Sama Lukonde.
"Premier symbole de la cohésion nationale, la personnalité de Patrice Lumumba a transcendé les divergences politiques", déclare Évariste Mabi, Premier ministre en 1987-1988, sous le président Mobutu Sese Seko. Patrice Lumumba "reste l'incarnation d'une lutte réussie pour la libération du peuple", ajoute-t-il.
Après la restitution officielle par la Belgique à la RDC de la dent de Patrice Lumumba, le 20 juin, le cercueil du héros national congolais est arrivé le 22 en RDC et a été transporté dans le Sankuru (centre), sa terre natale, à Kisangani (nord-est), son fief politique, puis sur le lieu de son supplice.
Un deuil national qui a débuté lundi lors de son acheminement vers Kinshasa se terminera après l'inhumation.
R.Garcia--AT