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Espagne: face aux scandales, Sánchez dégaine un plan anti-corruption, sans lever tous les doutes
Confronté à la plus grave crise depuis son arrivée au pouvoir, le Premier ministre socialiste espagnol Pedro Sánchez a présenté mercredi un plan anti-corruption, sans parvenir à lever tous les doutes de ses alliés au Parlement ni à convaincre l'opposition, qui a encore réclamé des élections anticipées.
Dans une allocution solennelle prononcée devant les députés, M. Sánchez a assuré avoir "envisagé" de démissionner et de convoquer des élections après les révélations ayant abouti au placement en détention provisoire de l'ex-N.3 du Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE), Santos Cerdán.
Mais "après avoir réfléchi et écouté beaucoup de gens, j'ai compris que jeter l'éponge n'était pas une option", a-t-il lancé, assurant être "un homme politique propre", lui qui était arrivé au pouvoir en 2018 après un vaste scandale de corruption ayant touché, à l'époque, le gouvernement du Parti populaire (PP, droite conservatrice).
Santos Cerdán, un proche de Sánchez, a été mis en cause après la publication le 12 juin d'un rapport de police laissant penser qu'il avait touché des pots-de-vin en échange de contrats publics.
Au cœur de cette même enquête se trouvent également l'ancien ministre et ex-bras droit du Premier ministre, José Luis Ábalos, et son proche conseiller, Koldo García.
Ces révélations ont suscité un scandale tel que Pedro Sánchez lui-même a demandé pardon à plusieurs reprises, dont une nouvelle fois mercredi devant les députés, assurant qu'il ignorait tout de l'affaire et que son parti n'avait jamais bénéficié de financements illégaux.
"Les partis politiques, les organes de direction des différentes administrations, les entreprises doivent adopter davantage de mesures" pour faire face à la corruption, a toutefois convenu Pedro Sánchez, en proposant "l'approbation d'un plan national de lutte contre la corruption" élaboré avec l'OCDE (Organisation de coopération et de développement économique).
Parmi les 15 mesures de ce plan figurent la mise en place d'une "agence d'intégrité publique indépendante", l'utilisation de l'intelligence artificielle pour détecter des "indices de fraude" dans la plateforme d'attribution des contrats publics ou des contrôles de patrimoine aléatoires des hauts fonctionnaires.
- "Changement de cap" -
Le discours de M. Sánchez a été immédiatement rejeté par le leader du PP, Alberto Núñez Feijóo, qui a assimilé le PSOE à "une organisation criminelle" et appelé le chef du gouvernement à "rendre le butin et convoquer des élections".
Pour le Premier ministre, il était aussi essentiel de convaincre ses alliés au Parlement, indispensables pour permettre à son gouvernement d'achever la législature, et qui lui réclament depuis des semaines des mesures fortes et des explications.
Objectif à moitié rempli seulement: Yolanda Díaz, chef de file de la coalition d'extrême gauche Sumar et N.3 du gouvernement, s'est dite convaincue que Pedro Sánchez était "honnête" et a salué le fait qu'il ait repris dans son plan des mesures proposées par son mouvement.
Mais elle a aussi maintenu le Premier ministre sous pression en lui réclamant de "changer de cap" et de donner "un tournant social" à la législature.
Du côté des indépendantistes catalans de Junts, qui avaient appuyé son investiture en 2023, le ton a été plus ferme: "Vous jouez les prolongations et les prolongations ne durent pas durant toute une législature", a lancé la députée Miriam Nogueras.
"Si nous en restons là (...) vous devez rester", a estimé de son côté le député de ERC (gauche catalane) Gabriel Rufián, en évoquant le scandale touchant Santos Cerdán et José Luis Ábalos. "Mais si ça s'étend, (...) nous vous obligerons à faire en sorte que les gens choisissent (...) ce que doit être le PSOE, le pays, le gouvernement", a-t-il mis en garde.
La chute brutale de Santos Cerdán est survenue alors que les enquêtes judiciaires visant des proches du Premier ministre se multiplient depuis des mois.
Outre MM. Cerdán, Ábalos et Garcia, sa femme Begoña Gómez est visée par une enquête pour corruption et trafic d'influence, son frère David doit bientôt être jugé pour trafic d'influence et le procureur général de l'Etat, plus haut magistrat du parquet, nommé sur proposition du gouvernement de gauche, pourrait être jugé pour des fuites d'informations judiciaires.
W.Morales--AT