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Angleterre: Mikel Arteta, le rebâtisseur des Gunners
Venu sans grande expérience mais pas sans idées, Mikel Arteta (44 ans) a semé les graines de l'espoir et de la gagne à Arsenal, club qu'il a découvert abîmé à son arrivée fin 2019 en provenance du Manchester City de Pep Guardiola, son ex-mentor, avant de le porter au sommet de la Premier League.
A l'époque, le jeune entraîneur n'y va pas quatre chemins. "Nous devons avoir la bonne culture ici, sinon l'arbre va trembler", prévient-il. "Il faut se battre pour les trophées et être en Europe. Le reste n'est pas suffisant".
Nous sommes en décembre 2019, Arteta, ex-adjoint de Guardiola, est un débutant de 37 ans au CV vide comme entraîneur principal, et sa nomination fait lever quelques sourcils.
L'ex-milieu de terrain, fort de près de 150 matches joués avec Arsenal entre 2011 et 2016, joue à fond la carte de la passion. "Je donnerai chaque goutte de mon sang à ce club de football pour le rendre meilleur", promet-il.
Le Basque hérite d'une équipe sans identité de jeu claire sur le terrain, sans beaucoup plus d'âme ou de force de caractère, dixième de Premier League après 17 journées et une série morose (une seule victoire sur ses douze derniers matches toutes compétitions confondues).
- Olivier, hymne et "Super Mik" -
L'héritage laissé par Arsène Wenger, père la victoire pendant deux décennies (1996-2018), a pris la poussière et la succession du Français n'a pas marché avec Unai Emery, débarqué après une saison et demie.
Arteta prend des décisions radicales, dont celle de pousser les stars Pierre-Emerick Aubameyang et Mesut Özil vers la sortie. Symboliques aussi, comme lorsqu'il fait planter un olivier au centre d'entraînement.
"Cet arbre a le même nombre d'années que notre club: plus de 130 ans. Il sera là tous les jours. Vous devrez le regarder, et vous en serez tous responsables", dit-il à ses joueurs et aux membres du club, selon le récit qu'il a livré en 2024 à la BBC.
Les racines de l'arbre représentent les entraîneurs et le staff, tandis que les branches et les fruits symbolisent les joueurs. Le message est clair: dans le club dont l'emblème est un canon, tout le monde doit tirer dans le même sens.
Arteta s'emploie aussi à revitaliser l'Emirates Stadium et ses supporters, et pas uniquement en s'agitant sur le bord du terrain. C'est lui, par exemple, qui impose la chanson "The Angel (North London Forever)", de l'artiste local Louis Dunford, comme nouvel hymne du club qui retentit avant chaque match.
Les fans des Gunners n'ont d'yeux que pour leur Basque bondissant et lui dédient un nouveau chant, "We've got Super Mik Arteta".
Mais la greffe n'est pas immédiate. Avec lui, l'équipe termine huitième du championnat les deux premières années, ce qui pousse certains à réclamer sa démission, puis cinquième en 2022, derrière l'ennemi Tottenham et à 24 points du champion, City.
- David Moyes l'influenceur -
Les propriétaires américains d'Arsenal le soutiennent pourtant et lui offrent les munitions souhaitées pour progresser: Martin Odegaard arrive en 2021, David Raya et Declan Rice en 2023, Viktor Gyökeres en 2025, etc.
Plus que l'influence de Guardiola, c'est celle de son ancien entraîneur à Everton, David Moyes, qui s'avère centrale dans son cheminement.
"Il m'a appris, sur le terrain comme en dehors, comment construire une équipe et recruter les bons profils pour bâtir ce que l'on souhaite", a-t-il déclaré à ce sujet.
Son équipe s'appuie davantage sur les principes chers à Moyes - une base défensive solide et les coups de pied arrêtés en spécialité - qu'à la philosophie de jeu guidant Guardiola.
Mais il retient de son compatriote, qui l'a pris sous son aile et dans son staff juste après sa fin de carrière de joueur, en 2016, la faculté d'innover et de s'adapter.
La consécration est venue cette saison avec un style de jeu moins flamboyant qu'auparavant, plus restrictif, parfois lent. Bref, prudent. Mais qui l'a conduit au titre de champion d'Angleterre, le premier depuis 2004, et à une finale de Ligue des champions à venir contre le Paris SG, le 30 mai à Budapest.
"Les gens peuvent dire que c'est +boring+, qu'on s'ennuie. Sauf que la saison passée, ils ont très bien joué et finissent deuxièmes. Donc je préfère qu'on les critique et, au final, on voit Mikel Arteta avec Odegaard soulever le trophée de la Premier League", disait Robert Pirès, champion d'Angleterre 2004 avec Arsenal, début mai à l'AFP.
N.Mitchell--AT