Arizona Tribune - Turquie: avec la répression anti LGBT+, "Erdogan lance la campagne présidentielle" (militant)

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Turquie: avec la répression anti LGBT+, "Erdogan lance la campagne présidentielle" (militant)
Turquie: avec la répression anti LGBT+, "Erdogan lance la campagne présidentielle" (militant) / Photo: Adem ALTAN - AFP

Turquie: avec la répression anti LGBT+, "Erdogan lance la campagne présidentielle" (militant)

Militant déjà emprisonné deux fois, Yildiz Tar est formel. En lançant une vaste opération contre les milieux LGBT+ turcs il y a une semaine, le président Recep Tayyip Erdogan "a lancé sa campagne électorale" pour la présidentielle de 2028.

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Lors d'un entretien dans un café de la capitale, ce membre de Kaos GL, une organisation turque en première ligne sur la défense des droits des homosexuels et transgenres, a accepté de revenir pour l'AFP sur une semaine de bras de fer avec les autorités.

Coups de filet dans des bars, arrestations, comptes de réseaux sociaux bloqués, manifestations, nouvelles arrestations, poursuites judiciaires. Depuis le 12 septembre, la communauté a essuyé une attaque en règle.

Pour l'activiste de 36 ans, le fait que le mouvement LGBT+ ait été une fois encore au coeur de la répression procède d'une logique politique.

"Nous sommes un peu comme le laboratoire du gouvernement. Ils exercent d'abord leur pouvoir sur nous. Et s'ils réussissent, ils exportent la méthode au reste de la société", estime-t-il.

"Cela a toujours été comme ça (...). Cela peut être le signe d'une ère (de répression) plus large et bien pire, qui est en train de commencer", ajoute-t-il, en écho aux accusations de dérives autoritaires qui se multiplient contre le président.

- Puissants marqueurs -

Il n'y pas non plus de hasard, selon lui, si la date de la prochaine présidentielle a été annoncée jeudi. Sous réserve de formalités législatives, le scrutin est prévu le 16 avril 2028, soit un mois avant la fin théorique du mandat du chef de l'Etat.

Juste à temps pour contourner la constitution, qui l'empêche de se représenter s'il va au terme de ce mandat.

L'opération anti-LGBT+ "est liée aux élections. C'était comme le début de la campagne électorale. Et la tension va probablement monter", assure celui qui est aussi le rédacteur-en-chef de la revue en ligne de Kaos GL.

L'omniprésent et très ambitieux ministre de la Justice Akin Gürlek, qui a promis de poursuivre la campagne au titre de la défense de la famille, aura toute sa place dans le chemin jusqu'aux urnes.

"Il sera l'une des figures les plus en vue. Il n'est pas seulement ministre de la Justice, il contrôle aussi d'autres ministères. C'est un super-ministre", affirme le militant.

Le pouvoir islamo-conservateur abhorre toute contestation. Mais il fait face à une société civile vibrante, sourde aux menaces, aux coups, à la prison. Yildiz sait qu'il peut y retourner pour n'importe quel prétexte, de la simple "obscénité", à l'"aide à la prostitution" en passant par les "liens financiers avec l'étranger".

Mais le mouvement est résilient.

"Ils nous placent en garde à vue, ils nous arrêtent, mais nous sommes toujours dans les rues, au parlement, dans d'autres sphères de la société. Ca les démange et ils veulent se débarrasser de nous", s'emporte Yildiz Tar.

Raté. A Izmir, Istanbul et Ankara, les trois plus grandes villes du pays, des manifestations se sont succédé en début de semaine. Les manifestants, certes peu nombreux, ont systématiquement résisté à la volonté de la police de les disperser avant d'être interpellés, par centaines.

Dans une société turque fortement polarisée, entre le conservatisme islamique prôné par le gouvernement et le regard d'une partie de l'opinion tourné vers un Occident démocratique et laïque, les pratiques sexuelles et le genre constituent de puissants marqueurs.

"Le gouvernement essaie de façonner la société à son image (...), pour la rendre plus homophobe", dénonce le militant. "Ils veulent nous présenter comme des démons qui chercheraient à injecter notre perversion dans la société", martèle-t-il, craignant que ce discours ne favorise les passages à l'acte de la part d'antis LGBT violents.

D'autant qu'à l'échelon politique, le soutien est minimal. Le Nouveau Parti (Yeni), première formation de l'opposition, s'est contenté d'un communiqué convenu au 4e jour de l'opération du pouvoir. Le parti pro-Kurde (DEM) a été plus rapide, mais "ce n'est pas suffisant", regrette Yildiz Tar.

Dans une société encore très conservatrice, les associations LGBT+, gays, lesbiennes et autres personnes transgenres ne peuvent compter que sur elles mêmes. Et continuent de clamer haut et fort n'avoir aucun projet subversif.

"Ils disent que nous avons un agenda caché et je peux le confirmer : nous ne voulons pas nous faire assassiner", ironise l'infatigable militant. "Nous voulons travailler dans un environnement paisible, avoir un foyer, (...) des amis. Nous voulons être respectés et nous voulons vivre dans la dignité".

A.Anderson--AT