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D'un incident à l'autre, les aléas mécaniques juges d'un Paris-Roubaix fou
Les pavés de Paris-Roubaix ont une nouvelle fois été d'impitoyables acteurs d'une course exceptionnelle remportée par Wout Van Aert dimanche en départageant les favoris à coups de crevaisons, éliminant notamment Mathieu van der Poel dans la trouée d'Arenberg.
Cette édition aura montré que la chance n'accable pas toujours les mêmes, consacrant enfin le Belge Wout Van Aert, souvent bien placé ces dernières années avant d'être victime d'incidents mécaniques.
À l'inverse, Van der Poel, triple vainqueur en titre avant le départ à Compiègne et réputé pour son agilité exceptionnelle, n'a cette fois pas échappé à la loi de ces pavés disjoints, tranchants et inégaux. Le Néerlandais a joué de malchance dans l'antichambre de l'Enfer du Nord: la Trouée d'Arenberg.
Alors qu'il attaque ces 2.300 mètres en deuxième position derrière Van Aert, le coureur d'Alpecin connaît un premier problème mécanique, s'arrête pour monter sur le vélo de Jasper Philipsen avant d'en descendre quelques mètres plus loin, incapable d'en utiliser les pédales.
"C'est le gros point noir, admet le directeur sportif d'Alpecin Christoph Roodhooft. Ils ne roulent pas avec les mêmes pédales. Mathieu utilise des pédales prototypes Shimano. On avait convenu de les tester en compétition, mais c'était le pire moment possible pour que cela pose problème. (...) C'est une erreur que je prends pour moi, c'est vraiment stupide de ma part de ne pas avoir anticipé cela."
- Ça fait partie de Paris-Roubaix" -
"En plus, le vélo est beaucoup plus petit, ajoute son frère, également directeur sportif, Philip Roodhooft. Il s'agit surtout de malchance, avec la crevaison et la voiture derrière qui ne peut pas passer. Tout le monde est stressé et on a tous vu à quoi ça nous a mené."
Conscients qu'ils sont en train de tout perdre, les coureurs d'Alpecin s'affolent: Tibor Del Grosso offre à son chef de file sa roue avant, mais à peine remonté sur son vélo, ce dernier crève de nouveau juste avant la sortie de ces bois maudits.
En champion des Flandres, le vainqueur de huit Monuments se lance alors dans une course-poursuite de presque cent kilomètres. En vain, il termine quatrième à quinze secondes de son plus grand rival.
Le duo Tadej Pogacar-Wout Van Aert qui s'est joué la victoire a aussi connu des pépins mécaniques le long de ces quelque 250 kilomètres de course, où tout peut s'arrêter à chaque coup de pédale.
Le premier grand fait de course a d'ailleurs concerné le champion du monde, à la conquête du seul Monument qui lui résiste encore. À mi-course, alors que le peloton n'a pas encore entamé les secteurs pavés les plus redoutés, le Slovène doit renoncer à son vélo pour monter sur un vélo de l'assistance neutre, avec un pédalage bien moins efficace.
- Pogacar pas vernis non plus -
Curieusement, aucun de ses coéquipiers ne l'attend dans un premier temps, ni ne propose son vélo. Tendu à cause de ce contre-temps, "Pogi" s'énerve alors qu'une moto soit trop proche et évite de justesse une collision avec un autre coureur. Son retard grandit jusqu'à atteindre les cinquante secondes, avant qu'Antonio Morgado puis Nils Politt ne l'attendent pour le ramener.
Autant d'efforts qui ont pesé dans le résultat final où il a été battu au sprint. "Mon équipe a fait un super travail pour me ramener mais dès les premiers secteurs décisifs, on était déjà à fond, explique-t-il. J'ai dû dépenser beaucoup d'énergie pour revenir en tête de course avant Arenberg parce que je savais que j'aurais beaucoup de mal sinon. Ensuite, j'ai eu une nouvelle crevaison. À chaque fois qu'on a un problème, on dépense un peu d'énergie. (...) Cette course est ainsi, il y a toujours beaucoup de malchance."
D'autres en ont eu parmi les favoris: Mads Pedersen le premier, Filippo Ganna par la suite et même Van Aert par deux fois. Mais à sa septième participation, "WVA" a enfin conquis le Monument pavé qui lui a tant résisté.
"Dans cette course, j'ai eu ma propre histoire et ma propre malchance par moments et j'ai réussi à m'en relever et je crois que les expériences de toutes les autres éditions m'ont fait comprendre que je pouvais l'emporter aujourd'hui." Preuve que la chance tourne, même sur les pavés.
A.O.Scott--AT