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Milan-Sanremo: Pogacar face à son obsession
Proposant sans doute la demi-heure la plus excitante de l'année en cyclisme, Milan-Sanremo se résumera plus que jamais à une question simple samedi: Tadej Pogacar peut-il enfin triompher via Roma ?
C'est la sixième tentative de la superstar slovène pour dompter le premier Monument de la saison, le seul avec Paris-Roubaix qui lui résiste encore, longtemps réservé aux sprinteurs avant de devenir l'un des rendez-vous les plus prisés du calendrier.
Que les fans de cyclisme soient si impatients de voir le peloton débouler comme une furie dans la Cipressa et le Poggio, les deux bosses mythiques des 25 derniers kilomètres, tient d'abord à l'essence d'une course au charme si particulier et légèrement désuet.
Après le départ de Pavia, dans la banlieue grise de Milan, la Primavera est une longue procession vers la Riviera, souvent dénuée du moindre intérêt, avant un final électrique. Six heures de musique de salle d'attente d'un cabinet dentaire pour une demi-heure de death metal.
Ce cadre unique est sublimé par la quête fascinante d'un homme habitué à gagner partout mais pas ici et qui, avec ses élans désespérés pour conquérir la Classicissima, a changé jusqu'à la manière de la courir.
L'équation, en apparence insoluble, est connue: la Cipressa (5,6 km à 4,1%) et le Poggio (3,6 km à 3,8%) ne sont pas suffisamment sélectifs et sont trop soumis au phénomène d'aspiration pour lui permettre de faire la différence.
- "Les lois de la physique" -
Généralement, il y a toujours au moins un homme rapide pour s'accrocher à sa roue et ensuite le fusiller au sprint via Roma. C'est ce qui s'est passé ces trois dernières éditions lorsque Mathieu van der Poel, puis Jasper Philipsen, puis à nouveau Van der Poel ont renvoyé Pogacar à sa frustration.
"C'est sûr que je préférerais que le Poggio fasse cinq kilomètres de long à 10% mais c'est comme ça. Ce sont les lois de la physique qui s'appliquent, je ne peux pas faire de la magie", avait commenté le leader d'UAE l'an dernier.
Il venait de multiplier les attaques dans un final exceptionnel d'intensité. Mais sans réussir à semer ni Van der Poel ni Filippo Ganna pour finir troisième, comme l'année précédente, après une 4e place en 2023 et une 5e en 2022.
Alors que faire ? Une option consiste à partir à l'abordage dans la descente du Poggio, dont le sommet se trouve à 5,6 km de l'arrivée, comme son compatriote Matej Mohoric en 2022. Mais la prise de risque est maximale et sans garantie.
Ou attaquer, comme l'année dernière, dès la Cipressa, à 25 km de l'arrivée, ce qui a longtemps été considéré comme une hérésie à cause du long bout de plat amenant ensuite jusqu'au pied du Poggio et qui favorise les regroupements.
- "Qu'une question de temps" -
Les avis divergent. Interrogé par la Gazzetta dello Sport, Eddy Merckx, qui a décroché sa septième victoire dans la Pirmavera il y a cinquante ans pile, estime que c'est "dans la Poggio" que Pogacar doit attaquer. "Même s'il parvient à partir dans la Cipressa, les chances d'être repris ensuite sont trop grandes", juge la légende belge.
Pour autant, Van der Poel dit s'attendre à subir à nouveau les assauts de Pogacar dans la Cipressa, même privé de Tim Wellens et Jhonatan Narvaez, blessés, et malgré le léger vent de face annoncé.
Samedi, le Slovène comptera sur le soutien d'Isaac del Toro, la nouvelle star mexicaine, qui avait pêché l'an dernier par son placement.
Suffisant pour décrocher Van der Poel, qui devrait une nouvelle fois être son principal rival devant les Wout Van Aert ou Filippo Ganna ?
"L'an dernier Tadej était très proche de l'emporter. Si je suis 1% moins bien dans la Cipressa, il part seul. Ce n'est qu'une question de temps avant qu'il ne gagne Milan-Sanremo", assure le Néerlandais, déterminé tout de même à retarder au maximum ce moment.
Mais Pogacar, apparu plus musclé que jamais au niveau des cuisses lors de sa victoire aux Strade Bianche, ne cache pas son impatience.
"Ce n'est un secret pour personne que j'ai envie de gagner cette course", dit le Slovène au moment de prendre le départ d'une épreuve devenue son obsession.
H.Romero--AT