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Mondial: les joueurs iraniens s'abstiennent de chanter leur hymne
Les onze joueurs iraniens se sont abstenus de chanter leur hymne national avant leur premier match du Mondial-2022, entamé sur une déroute contre l'Angleterre (2-6), lundi à Doha.
Leur capitaine Alireza Jahanbakhsh avait expliqué que les joueurs décideraient "collectivement" de chanter ou non l'hymne de la République islamique en signe de soutien aux victimes des manifestations durement réprimées dans leur pays.
Parmi les manifestants et les opposants au régime de la République islamique, beaucoup ont exprimé leur dépit devant ce qu'ils considèrent comme le manque d'engagement de leurs footballeurs, et leur colère quand ils avaient été reçus avant leur départ pour le Qatar par le président ultraconservateur Ebrahim Raïssi.
Pendant l'hymne, les caméras ont brièvement montré le visage d'une spectatrice d'une cinquantaine d'années, voile blanc sur la tête, visage baigné de larmes.
Les joueurs, eux, ont gardé le silence, le visage totalement impassible. Diminué physiquement, la star de l'équipe Sardar Azmoun, qui avait dénoncé la répression sur les réseaux sociaux, est entré en jeu en seconde période.
- 'Azadi! Azadi!' -
Le slogan symbole du mouvement, "Femmes Vie Liberté", est apparu avant le coup d'envoi sur une banderole dans un virage du stade occupé par les Iraniens, avant de disparaitre. Des "Azadi! Azadi!" ("Liberté! Liberté!") se sont aussi parfois élevés des tribunes.
Depuis le début du soulèvement en Iran, causé par la mort le 16 septembre de la jeune Mahsa Amini (22 ans), arrêtée par la police des mœurs à Téhéran pour ne pas avoir respecté le code vestimentaire strict imposé par le régime, le refus de chanter l'hymne de la République islamique est l'un des leviers des sportifs iraniens pour manifester leur solidarité avec le mouvement.
Le silence des footballeurs durant l'hymne lundi ne va toutefois pas suffire à convaincre ceux qui jugent leur soutien trop timoré.
Devant un écran géant près de la bibliothèque nationale à Téhéran, seules environ 200 personnes s'étaient réunies, dont Farzad, un étudiant de 21 ans qui ne donne pas son nom: "J'ai toujours soutenu l'équipe nationale, mais pas cette fois. Parce que les joueurs n'ont pas soutenu le peuple. Je n'étais pas contrarié cette fois par la défaite de l'équipe nationale."
Dimanche, la justice iranienne a annoncé avoir convoqué Yahya Golmohammadi, ancien international et actuel entraîneur du club de Persepolis, l'un des plus populaires du pays avec Esteghlal. Il avait vivement critiqué sur Instagram la semaine dernière les joueurs de l'équipe nationale pour ne pas "porter la voix du peuple opprimé aux oreilles des autorités", après leur rencontre avec Ebrahim Raïssi.
- 'Choix personnel' -
Le 27 septembre, l'équipe nationale de football avait déjà refusé d'entonner l'hymne avant un match en Autriche contre le Sénégal (1-1). Vêtus d'une parka noire dépourvue de tout blason et masquant le logo de la Fédération, les joueurs étaient restés muets, la plupart tête baissée.
Ce geste symbolique, parfois couplé au port d'un brassard noir en signe de deuil, a depuis été repris par de nombreux autres sportifs, comme l'équipe de beach-soccer le 6 novembre à Dubaï, obligeant la télévision d'État à interrompre la retransmission en direct.
A l'issue de la finale, remportée face au Brésil (2-1), les joueurs étaient restés silencieux au moment de recevoir la coupe. L'auteur du but décisif, Saïd Piramoun, avait manifesté sa solidarité avec les femmes en Iran en faisant mine de se couper les cheveux avec ses doigts.
Lundi, les joueurs n'ont manifesté aucune joie sur leurs deux buts. Mais s'agissait-il d'un message politique ou plus sûrement du simple dépit devant une déroute sportive, la pire dans l'histoire du foot iranien depuis son premier Mondial en 1978 (4-1 face au Pérou). L'attaquant Alireza Jahanbakhsh avait déclaré mercredi que célébrer ou pas un but relèverait d'un choix "personnel".
Au-delà du terrain, de nombreux sportifs ont écrit des messages de soutien aux protestataires sur les réseaux sociaux.
L'ancien joueur du Bayern Munich, Ali Karimi, qui vit à l'étranger et dont la maison a été confisquée, est l'un des plus actifs. Il a publiquement décliné l'invitation des organisateurs du Mondial à se rendre au Qatar, tout comme la légende du football iranien Ali Daei.
Ch.P.Lewis--AT