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Crise énergétique: les Européens tentent de s'accorder sur des mesures d'urgence
Les ministres européens de l'Energie tentaient vendredi, dans la douleur, de se mettre d'accord sur des mesures d'urgence pour enrayer l'envolée des prix du gaz et de l'électricité provoquée par l'offensive russe en Ukraine.
"Il faut des mesures exceptionnelles (...) Nous allons connaître un hiver très difficile, mais notre union énergétique est solide et prévaudra", a assuré la commissaire à l'Energie Kadri Simson à son arrivée à la réunion à Bruxelles, au début de laquelle les ministres ont observé une minute de silence en hommage à Elizabeth II.
Sous pression, la Commission européenne a soumis aux 27 Etats membres plusieurs pistes de mécanismes, souvent complexes et dont les détails restent à affiner, avec l'espoir d'aboutir la semaine prochaine à un texte suffisamment consensuel pour être rapidement approuvé.
Le défi est de dégager un consensus entre des pays aux mix énergétiques très variés. Au coeur des débats: les dysfonctionnements du marché européen de l'électricité, où le prix de gros est indexé sur le prix de revient de la dernière centrale mobilisée pour répondre à la demande --souvent une centrale au gaz.
Si l'idée de confisquer les superprofits du nucléaire et des renouvelables pour les redistribuer est d'emblée bien accueillie, tout comme un possible objectif pour réduire la consommation d'électricité, les pays membres de l'UE sont en revanche très divisés sur un plafonnement des prix du gaz russe.
Dans l'immédiat, "il s'agit de définir un mandat pour la Commission, de se s'accorder sur une série d'objectifs, un calendrier", a précisé le ministre française de la Transition énergétique Agnès Pannier-Runacher.
"Il faut être honnête avec les consommateurs: on ne pourra pas amortir complètement le choc énergétique, mais il faut en atténuer une partie", a averti le ministre irlandais Eamon Ryan.
- Redistribuer les "superprofits" -
La Commission propose de plafonner les revenus des opérateurs du nucléaire et d'énergies renouvelables (éolien, solaire, biomasse, hydroélectrique) qui vendent leur électricité à un prix très au-dessus de leurs coûts de production.
Les Etats pourraient prélever la différence entre ce plafond et le prix du marché pour redistribuer ces "superprofits" aux ménages et entreprises vulnérables.
Stockholm, Helsinki et Copenhague défendent "des ajustements temporaires (...) pour minimiser l'impact des prix élevés du gaz", tandis que Berlin et Paris, sous pression politique pour taxer les "superprofits", réclamait un "mécanisme de contribution".
Rare voix dissonante, le ministre lituanien de l'Energie Dainius Kreivys s'inquiète d'une mesure "compromettant l'avenir et fragilisant la libre-concurrence", avec une redistribution aléatoire selon les pays.
Parallèlement, la Commission veut réclamer "une contribution temporaire de solidarité" aux producteurs et distributeurs de gaz, charbon et pétrole, favorisés par l'envolée des cours mondiaux.
- Limiter la consommation -
Après l'accord des Vingt-Sept fin juillet pour sabrer leur consommation de gaz, la Commission propose également de fixer "des objectifs contraignants" pour réduire la demande d'électricité, avec une baisse "d'au moins 10% de la consommation mensuelle nette" et de 5% aux heures de pointe.
Là encore, la proposition est largement saluée. Un diplomate note la même "grande convergence de vues" concernant le soutien aux fournisseurs d'électricité à court de liquidités, via des aides publiques accrues et des mécanismes anti-spéculation.
En revanche, nombre de pays ont accueilli fraîchement l'idée de plafonner le prix des livraisons russes de gaz, proposée par Bruxelles pour restreindre encore les revenus du Kremlin.
Son impact sur le marché suscite le scepticisme de certaines capitales, alors que le gaz russe ne représente plus que 9% des importations européennes, contre 40% avant la guerre.
Le secrétaire d'Etat américain Antony Blinken a appelé vendredi à accélérer encore cette diversification, "une opportunité formidable (pour l'UE) de se débarrasser une fois pour toute de la dépendance à la Russie".
Mais certains pays comme la Hongrie, encore très dépendante de Moscou sur l'énergie, redoutent des conséquences économiques désastreuses.
L'Italie, la Grèce, la Slovénie ou encore la Belgique préconisent, eux, un plafonnement complet des prix du gaz acheté par l'UE, quelle qu'en soit l'origine, y compris pour le gaz naturel liquéfié (GNL) acheminé par bateau.
"C'est la seule manière de faire baisser la facture de manière directe, alors qu'on paie le gaz beaucoup plus cher qu'en Asie", a plaidé la ministre belge Tinne Van der Straeten.
E.Flores--AT