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Ariel Henry, Premier ministre haïtien à la part d'ombre grandissante
Médecin réputé mais responsable politique critiqué, Ariel Henry s'est emparé des rênes du pouvoir en Haïti après l'assassinat il y a sept mois du président Jovenel Moïse. Aujourd'hui le Premier ministre s'accroche à son poste malgré les soupçons qui le lient à cet attentat.
Agé de 72 ans, Ariel Henry s'est fait un nom en Haïti au fil de son parcours professionnel de neurologue. Après des études de médecine à l'université française de Montpellier, il prend la tête du service de neurochirurgie d'un des hôpitaux privés les plus réputés d'Haïti.
Enseignant dans les universités d'Etat de la capitale Port-au-Prince, Ariel Henry n'embrasse que tardivement une carrière politique.
En janvier 2015, le chef de l'Etat Michel Martelly le nomme ministre de l'Intérieur, un poste qu'il occupe moins de huit mois.
Après un changement à la tête du gouvernement en septembre 2015, il prend le portefeuille des Affaires sociales et du Travail pour un peu plus de six mois, avant de quitter la scène politique plus de cinq années.
En juillet 2021, il fait son retour quand le président Jovenel Moïse le choisit comme son septième Premier ministre.
- "Tapage orchestré" -
Mais deux jours seulement après cette nomination, le 7 juillet, Jovenel Moïse est assassiné dans sa résidence privée par un commando armé composé d'anciens militaires colombiens.
L'attentat plonge le pays, déjà fragile sur le plan politique, dans une confusion totale, au détriment d'Ariel Henry qui n'avait pas eu le temps de prendre officiellement ses fonctions.
Après deux semaines de flou et sous la pression des ambassades étrangères, il est finalement installé à la tête du gouvernement, souffrant déjà d'un déficit de légitimité.
L'enquête sur l'assassinat du président va accroître la défiance à son égard: la nuit du meurtre, Ariel Henry a eu plusieurs appels téléphoniques avec l'un des principaux suspects.
Face à ces accusations, il fustige un "tapage orchestré au niveau national et international autour des conversations téléphoniques", et dénonce une "diversion".
S'il n'a pas nié avoir eu des échanges avec Joseph Félix Badio, qui aurait été géolocalisé deux heures après le meurtre dans le quartier où se trouve la résidence de Jovenel Moïse, Ariel Henry annonce qu'il lui est difficile de se rappeler les noms de tous ceux l'ayant appelé et la nature des conversations qu'il avait eues ce jour-là.
- Mainmise des gangs -
Alors que la société civile et une partie de l'opposition politique peinent à s'entendre pour offrir une alternative, le Premier ministre conserve le contrôle de l'Etat, sans grands résultats face aux crises qui secouent le pays.
Bien avant la mort du président Jovenel Moïse, les gangs avaient étendu leur mainmise sur le territoire haïtien, multipliant détournements de marchandises et enlèvements crapuleux.
Contrôlant une large partie de Port-au-Prince, et rendant impossible le transport routier sécurisé vers toute la moitié sud du pays, les bandes armées empêchent l'accès aux bureaux de la Primature: c'est depuis sa résidence officielle qu'Ariel Henry organise réunions et conseils du gouvernement.
Le 1er janvier, le Premier ministre a même été contraint de fuir, sous des rafales de tirs, la cérémonie de la fête nationale organisée dans la ville des Gonaïves.
- Soupçons du juge -
Cette "tentative d'assassinat", qu'il dénonce avec fermeté, n'empêche pas Ariel Henry de garder son agenda politique, similaire à celui de feu Jovenel Moïse, à savoir l'organisation d'élections et l'adoption d'une nouvelle constitution.
Sans assise populaire et contesté, le Premier ministre bénéficie encore du soutien de la communauté internationale, qui prêche cependant depuis l'assassinat de Jovenel Moïse pour une entente entre tous les acteurs de la scène politique.
Le 7 février aurait dû être jour de passation du pouvoir présidentiel. En fait, Haïti entame, avec Ariel Henry à sa tête, le quatrième régime de transition de l'histoire de sa jeune démocratie, née à la suite de la chute de la dictature des Duvalier en 1986.
Mais les doutes grandissants quant à son éventuelle implication dans l'attentat contre le président Moïse fragilisent la position déjà précaire du dirigeant.
Dans un document audio révélé par CNN et circulant mardi sur les réseaux sociaux, on entend un homme, identifié par de nombreux Haïtiens crédibles comme le juge qui était en charge de l'instruction du dossier (avant d'être écarté en raison d'accusations de corruption), parler des relations d'Ariel Henry "avec le moteur, l'initiateur de l'assassinat qui est son ami et qui a planifié avec lui, le jour de l'assassinat".
T.Sanchez--AT