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Loi d'urgence agricole: jusqu'au bout, un texte clivant
Un texte jugé "dangereux" pour les uns et "vital" pour les autres: le projet de loi d'urgence agricole, qui doit être examiné jeudi en commission mixte paritaire au Parlement, suscitait encore la veille prises de positions tranchées et échanges politiques acides.
Ce projet de loi, "très attendu" par le syndicat agricole dominant FNSEA alors que le maïs non irrigué "grille sur pied" dans le Sud-Ouest, est dénoncé par des élus, des associations et le syndicat agricole Confédération paysanne pour ses "reculs environnementaux" majeurs, notamment concernant la gestion de l'eau.
En pointe de la mobilisation contre ce texte, dans sa version remaniée par la droite sénatoriale emmenée par le sénateur et agriculteur Laurent Duplomb, le collectif Nourrir a dénoncé mercredi un projet "dangereux", inadapté aux enjeux agricoles et sociétaux.
"Non seulement (le texte) ne répond pas aux crises actuelles mais, en plus, il prépare les prochaines", a déclaré à la presse Mathieu Courgeau, éleveur et coprésident du collectif Nourrir, qui compte notamment dans ses rangs la Confédération paysanne, les associations Greenpeace, Welfarm, Terre de liens ou Générations futures.
Le projet de loi prévoit désormais de modifier la tutelle des agences de l'eau, de doubler d'ici à 2035 la capacité de stockage destinée à l'agriculture - contre l'avis de la ministre de la Transition écologique - et de réintroduire des pesticides interdits.
Le texte doit être examiné jeudi en commission mixte paritaire par un groupe de députés et de sénateurs.
Particulièrement critique du volet "eau", le collectif demande le retrait du texte et s'est joint aux voix d'élus locaux et de cinq anciens ministres de l'Agriculture, inquiets de voir débuter une "nouvelle guerre de l'eau" ou de voir encore retardée la transition agro-écologique.
- "Sacrifice" des zones humides -
Ce projet de loi prévoit "d'affaiblir la démocratie de l'eau pour (qu'elle) aille en priorité à quelques irrigants, c'est extrêmement dangereux", a alerté M. Courgeau, précisant ne pas avoir "d'opposition de principe sur l'irrigation", qui concerne 7% des terres cultivées en France.
La gestion de l'eau "doit être guidée par sa disponibilité réelle et par l'intérêt général", a plaidé Greenpeace.
Même le Medef avait cru utile de rappeler que "l'eau est un bien commun" qu'il convient de "partager entre les différents utilisateurs concernés", mettant en garde contre un risque d'"accaparement" par un acteur au détriment des autres.
Signe de la sourde lutte d'influence en cours, l'organisation patronale a co-signé mercredi un communiqué avec la FNSEA pour appeler à "trouver des compromis" pour "concilier durablement la préservation des milieux aquatiques et les usages socio-économiques et accélérer et sécuriser les projets d'adaptation indispensables face au changement climatique".
Le collectif Nourrir, comme les élus de gauche et le ministère de la Transition écologique, est aussi fermement opposé à la réautorisation de pesticides interdits, que le Sénat tente de réintroduire dans la loi après l'échec d'une première tentative l'an dernier.
Un "mépris" et un "déni" des attentes sociétales, selon Greenpeace, qui a rappelé que la réautorisation du pesticide acétamipride, censurée par le Conseil constitutionnel, avait réuni contre elle plus de 2 millions de pétitionnaires.
A l'Assemblée nationale, les questions au gouvernement ont donné lieu mercredi à un échange acide entre le député écologiste Jean-Claude Raux et la ministre de l'Agriculture Annie Genevard.
"Mettrez-vous des méga-glaçons dans vos méga-bassines pour refroidir l'eau quand le thermomètre s'emballe ?", a ironisé le député, déplorant le "sacrifice" de zones humides "qui nous permettent naturellement de stocker l'eau" et l'autorisation de pesticides "qui mettent en péril notre santé et la biodiversité, mais n'empêcheront jamais les rendements de s'effondrer".
"Votre projet de loi ne règle rien, il n'anticipe rien. Il ne fait qu'accentuer un modèle fondé sur un climat qui n'existe plus", a martelé l'élu de Loire-Atlantique.
Sur un ton glacial, la ministre, qui avait elle-même émis ses craintes d'une nouvelle censure constitutionnelle tant la version du Sénat allait loin, a déploré une "caricature" du texte.
Présentant le stockage de l'eau comme "une des solutions" possibles parmi d'autres (irrigation de précision, recherche variétale...), elle a souligné que le pays n'y échapperait pas, "faute de quoi, l'agriculture que vous prétendez défendre mourra, monsieur le député".
L.Adams--AT