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Derrière les bombardements réguliers contre l'Ukraine, un essoufflement de l'offensive russe
Les nuits où l'Ukraine est ciblée par des vagues de centaines de drones et de missiles restent régulières mais, derrière cette démonstration de force, l'offensive de l'armée russe sur le front montre de sérieux signes d'essoufflement, estiment des analystes.
Plus de quatre ans après le début de l'invasion russe, les communiqués de Moscou faisant état de la prise de localités sur la ligne de contact se font plus rares.
Et dans certains secteurs, les forces de Kiev parviennent à reprendre pied. Selon l'Institut pour l'étude de la guerre (ISW), un centre de réflexion américain, l'Ukraine a repris du terrain aux troupes russes en avril et mai, une situation inédite depuis l'automne 2023.
Si ces reconquêtes, dont l'ampleur varie selon les analyses, restent trop faibles pour bouleverser la donne sur le terrain, elles illustrent les difficultés croissantes rencontrées par l'armée russe.
Plus nombreux et mieux armés, les soldats russes restent confrontés aux nouvelles réalités de la guerre: l'omniprésence des drones rend toute avancée coûteuse et risquée, créant une "zone morte" de plusieurs kilomètres de large autour des positions des deux camps.
"L'offensive de l'armée russe progresse à un rythme extrêmement lent", confirme auprès de l'AFP l'expert militaire russe Alexandre Khramtchikhine, qui note cependant que celle-ci pourrait s'accélérer "si survenait un épuisement total des ressources ukrainiennes".
- "Pousser à négocier" -
Si l'armée ukrainienne est aujourd'hui en meilleure position qu'un an auparavant grâce à des réformes et à un effort sur les drones, elle reste confrontée à des défis importants: le recrutement pour le front est difficile et l'effort de guerre dépend du soutien des Occidentaux.
"La situation a cessé de se dégrader pour nous", résume pour l'AFP l'analyste ukrainien Mykola Bielieskov, évoquant l'essor du secteur de la défense ukrainien qui "permet de contrer efficacement la Russie".
Pour autant, l'armée ukrainienne n'a pas les ressources pour mener de grandes offensives et son objectif est surtout de "pousser la Russie à se retrouver dans une situation où elle devra négocier".
Faute de pouvoir mener elles aussi des opérations d'ampleur, les forces russes, qui occupent plus de 19% du territoire ukrainien, ont recours à des infiltrations: des petits groupes de soldats sont envoyés prendre position derrière les lignes ennemies et s'y dissimuler pour favoriser ensuite l'avancée du gros des troupes.
Cette tactique a eu du succès, notamment lors de la prise du noeud logistique ukrainien de Pokrovsk fin 2025 mais elle ne porte souvent ses fruits qu'après un long effort de plusieurs mois.
Signe d'une capacité d'action réduite, l'effort militaire russe est aujourd'hui concentré sur la capture de la forteresse ukrainienne de Kostiantynivka dans l'est, sur un front long de plus de 1.000 km.
- Plus diffus, plus risqué -
Si le président Vladimir Poutine répète que les objectifs russes en Ukraine "seront atteints", ces buts de guerre sont déjà bien en deçà de ceux annoncés en 2022. Moscou ne parle plus désormais que de la prise du Donbass, région industrielle de l'est de l'Ukraine.
Le chef de l'administration présidentielle ukrainienne et ancien chef du renseignement, Kyrylo Boudanov, a lui estimé début juin qu'il était "réaliste" d'espérer une fin de la guerre d'ici l'hiver prochain.
Avec des objectifs de guerre également réduits pour l'Ukraine: Kiev ne parle plus de retour aux frontières de 1991, ni même à celles de 2022, mais d'un arrêt des combats sur les positions actuelles.
Loin du front, le conflit se joue aussi avec les frappes en profondeur, qui montent en puissance dans les deux camps.
Après avoir dévasté l'hiver dernier le réseau énergétique ukrainien, la Russie promet des attaques massives "systématiques" et bat des records de drones et de missiles envoyés sur son voisin.
L'Ukraine frappe quasiment chaque semaine le secteur pétrolier et d'autres sites en Russie et accélère son ciblage des voies logistiques en territoire occupé, touchant notamment ces derniers jours des ponts alimentant la Crimée, péninsule annexée en 2014.
L'ONU relève ainsi dans une note publiée lundi que la guerre entre dans une phase plus diffuse, mais plus risquée pour les civils car l'escalade des frappes "étend désormais le champ de bataille bien au-delà des combats".
Ce qui rend le conflit "aujourd'hui plus meurtrier qu'à n'importe quel autre moment".
A.Moore--AT