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Mort d'André Santini, maire d'Issy, ancien ministre et figure truculente du centrisme
Figure centriste de la vie politique française connue pour ses petites phrases parfois assassines, l'ancien ministre André Santini, maire emblématique d'Issy-les-Moulineaux (Hauts-de-Seine) pendant plus de quatre décennies, est mort dans la nuit de dimanche à lundi à l'âge de 85 ans.
Son décès, révélé par Le Parisien, a été confirmé à l'AFP par l'un de ses adjoints, Philippe Knusmann.
Figure du centre-droit, avait en mars dernier remporté la mairie d'Issy-les-Moulineaux (70.000 habitants) pour la huitième fois, au terme d'une campagne menée depuis l'hôpital à la suite d'une chute.
"Je reviens de loin", avait confié début mars l'octogénaire à ses fidèles à l'occasion d'une autorisation de sortie. Mais "il me reste un peu de sang à utiliser et un morceau de cœur", avait-il ajouté avec ce sens de la formule qui lui a valu plusieurs prix de l'humour politique.
"L'humour a été ma façon d'exister. Cela m'a probablement coûté des portefeuilles ministériels", assumait André Santini, "Dédé" pour les intimes, aussi connu pour son goût des bons mots que pour ses gros cigares et son imposante silhouette.
Député des Hauts-de-Seine pendant près de trente ans, vice-président de la Métropole du Grand Paris, président du puissant Syndicat des eaux d'Ile-de-France (Sedif) dès 1983, André Santini, célibataire et sans enfant, a également été secrétaire d'Etat et ministre délégué entre 1986 et 1988, puis à nouveau secrétaire d'Etat de 2007 à 2009.
Sa mémoire a été saluée lundi par de nombreux hommages.
"Son esprit, son style, et ses formules malicieuses firent de lui une figure reconnaissable de notre vie publique", a estimé dans un communiqué Emmanuel Macron, saluant par ailleurs "la mémoire d'un élu profondément attaché à sa commune".
"On lui doit la transformation totale de sa ville d'Issy-les-Moulineaux qu'il chérissait et l'arrivée en Île-de-France de nombreux sièges sociaux d'entreprises étrangères qu'il allait convaincre une par une", a fait valoir sur X la présidente LR de la région Ile-de-France, Valérie Pécresse.
"Certains élus administrent une ville. D'autres entrent dans son histoire. André Santini était de ceux-là", a salué à son tour la présidente de l'Assemblée nationale Yaël Braun-Pivet. Son homologue du Sénat Gérard Larcher s'est incliné devant un "personnage haut en couleur" qui "aura œuvré jusqu'à la dernière heure pour sa commune".
- L'ombre des affaires -
"Maire visionnaire, il aura métamorphosé Issy-les-Moulineaux à force de travail et d'ambition", a renchéri sur le même réseau social l'ex-ministre de la Culture Rachida Dati.
À gauche aussi, le "maire bâtisseur", selon les mots sur X de l'édile de Paris Emmanuel Grégoire, a été salué.
À Issy, les passants croisés en fin de matinée étaient en majorité déjà au courant du décès de leur édile.
"C'est triste, il aura travaillé jusqu'au bout", a souligné Isabelle, une retraitée de 68 ans qui n'a pas souhaité donner son patronyme. "C'était une grande figure! Il n'avait pas que des amis, mais c'était aussi une autre époque... Il a aidé la ville, je suis sûre que son équipe va continuer le travail."
Pour Alexis, parlant lui aussi sous couvert d'anonymat et qui se dit "plus proche de la gauche", la disparition de l'édile "permettra peut-être à la ville de tourner la page". "Il avait quand même été condamné, c'était une politique d'un autre âge", estime ce commerçant de 34 ans.
L'édile a en effet été condamné à trois reprises pour injure publique envers des adversaires politiques traités de "petit con" ou de "minable".
André Santini est né le 20 octobre 1940 à Paris. D'origine corse, fils d'un cafetier et d'une postière, il devient docteur en droit et diplômé de Sciences Po.
Sa carrière politique débute en 1971 comme adjoint au maire de Courbevoie. D'abord giscardien, élu maire d'Issy en 1980, il adhère au Parti social-démocrate (PSD), la plus petite composante de l'UDF, qu'il dirige de 1986 à 1995, avant d'être secrétaire général de Force démocrate, puis plus tard de rallier l'UDI.
À partir de 1988, il est régulièrement élu député des Hauts-de-Seine. En 2001, élu conseiller général, il démissionne de l'Assemblée nationale pour cause de cumul des mandats. Réélu député en 2002, il fait le choix inverse et est réélu en 2007 et 2012.
Une affaire de justice, liée à la fondation Hamon d'art contemporain, le poursuivra pendant quinze ans avant de se solder par une relaxe, lavant une condamnation en première instance pour détournement de fonds publics et prise illégale d'intérêts.
La fin de son règne a été assombrie par des accusations émanant de sa propre mairie. En juillet 2022, le parquet de Nanterre a ouvert une enquête après les plaintes contre lui de deux jeunes employés, l'un chef de cabinet, l'autre ancien huissier, pour agression sexuelle et harcèlement sexuel et moral, contestées par l'élu. En novembre de la même année, les deux hommes ont aussi déposé plainte contre lui pour prise illégale d'intérêts.
A.Ruiz--AT