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Dans la Somme, le renouvellement des éoliennes permet de faire plus avec moins
A l'orée de champs d'orge et de blé dans la Somme, deux gigantesques grues s'apprêtent à démanteler cinq éoliennes. Vieilles de 19 ans, elles seront remplacées par quatre autres, bien plus puissantes, une stratégie au coeur de la nouvelle feuille de route énergétique de la France.
L'une après l'autre, trois pales de 14 tonnes chacune sont déboitées lentement, à 70 mètres au-dessus du sol, avant d'être déposées au sol. Là, elles seront découpées en vue de leur recyclage, au minimum à 95%.
L'objectif est de renouveler le parc des Long Champs, situé sur la commune de Fienvillers, à quelques kilomètres d'Amiens, exploité par l'énergéticien Engie. Coût de l'opération: 1,3 million d'euros.
Le renouvellement des éoliennes, ou "repowering", est la voie privilégiée par la troisième Programmation pluriannuelle de l'énergie (PPE3) ; cela permet d'augmenter les capacités en limitant la construction de nouveaux parcs, afin de "concilier acceptabilité" par la population et "compétitivité".
Les nouvelles machines seront légèrement plus grandes, avec 130 mètres de hauteur bout de pale (HBP) contre 110 jusque-là, et plus modernes.
"La technologie a fortement évolué", souligne Samuel Renard, directeur général chargé des énergies renouvelables en France chez Engie. "On a donc des gains de performance tout à fait importants. On arrive à produire plus d'électricité avec moins d’éoliennes, 65% d'énergie en plus".
Aux Longs Champs, la production va bondir de 15 à 25 gigawattheure (GWh) par an, ce qui couvrira les besoins annuels de 11.000 habitants contre 6.500 jusque-là.
Casque de protection sur la tête et bottes de chantier malgré la chaleur accablante, Baptiste Planckeel décrit les opérations, qui ont démarré début mai.
"En première phase, c'est la mise au sol des composants et la découpe pour le conditionnement et le recyclage", explique le chef de chantier. "Ensuite, en juin, on va déconstruire" les socles en béton.
La fin des opérations est prévue vers la fin de l'année mais les nouvelles éoliennes produiront leurs premiers électrons dès septembre.
Et contrairement aux idées reçues, les anciennes sont recyclées après leur démantèlement. Sur un précédent chantier, le taux de recyclage a atteint 97%, assure Baptiste Planckeel.
Certains composants sont revendus, l'acier et le cuivre sont récupérés, le composite des pales est broyé pour être incorporé dans du béton fibré ou valorisé énergétiquement pour la fabrication du ciment.
- Fiscalité et acceptabilité -
Engie exploite 180 parcs éoliens en France, soit 1.300 turbines qui représentent 2,5 gigawatts de capacité installée. C'est environ 10% de la capacité totale en France en éolien terrestre, et l’équivalent de deux centrales nucléaires.
En moyenne, ils sont âgés de 11 ans mais 25% ont plus de 16 ans. L'énergéticien prévoit 4 à 6 chantiers de renouvellement par an, ce qui représente environ 450 MW de puissance installée.
Mais alors que les éoliennes sont parfois décriées, Samuel Renard assure que le "repowering" ne suscite aucune réserve des riverains. "Il y a une très grande acceptabilité", affirme-t-il.
Les parcs génèrent des revenus fiscaux pour les collectivités. Et quand on augmente la production du parc, les redevances augmentent aussi. A Fienvillers, qui compte environ 700 habitants, elle est de 110.000 euros par an, dont 30.000 pour la commune.
Les contraintes sont ailleurs: hormis une simplification administrative si l'augmentation de la hauteur des pales ne dépasse pas 33%, il faut quand même refaire toutes les études d’impact sur l’avifaune, la biodiversité, l'impact acoustique et paysager.
Surtout, "80% des parcs éoliens en France sont sous contrainte de radars militaires", explique Samuel Renard. "Beaucoup de projets ne sont pas acceptés par l'armée, ou sont limités en hauteur de bout de pale".
Conséquence, "l'éolien, fatigue et tousse un peu en France", poursuit-il. Il rapporte avoir installé en Italie des éoliennes de 170 mètres de diamètre, soit 220, 230 mètres de hauteur bout de pale.
Ce qui a un effet direct sur le prix de l’électricité produite. "Vous allez produire énormément plus d'énergie. Et donc on a un impact important sur la factures", jusqu’à 10, 15, 20 euros du mégawattheure, selon lui.
Avec des éoliennes d'une telle taille, le parc des Long Champs n'en compterait plus que deux, assure-t-il.
T.Wright--AT