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Présidentielle en Colombie: début du dépouillement dans un scrutin décisif face aux violences
Le dépouillement a commencé en Colombie au terme du premier tour de la présidentielle dimanche, qui doit déterminer si le pays sud-américain opte pour la continuité à gauche ou opère un virage à droite, dans un contexte de violences des groupes armés sans précédent depuis dix ans.
Les bureaux de vote ont fermé à 16H00 locales (21H00 GMT) et les résultats provisoires sont attendus dans les prochaines heures.
Les sondages d'avant-vote donnaient le philosophe et sénateur de gauche Ivan Cepeda en tête pour le premier tour, mais sans soutiens suffisants pour éviter un second tour le 21 juin et talonné par l'avocat millionnaire Abelardo de la Espriella, un outsider pro-Trump tenant de la droite dure.
Les favoris du scrutin s'affrontent sur la direction à prendre pour venir à bout d'un conflit armé interne vieux de six décennies mais en pleine résurgence : continuer à négocier la paix avec les groupes armés, stratégie du président sortant Gustavo Petro, ou bien utiliser la force pour venir à bout des guérillas, ex-paramilitaires et cartels, comme le prônent plusieurs candidats de droite.
Le pays sud-américain connaît sa pire flambée de violence depuis la signature de l'accord de paix avec la guérilla des Farc en 2016. De nombreux dirigeants communautaires ont été assassinés, des civils ont péri dans des attentats et un prétendant à la présidence a été tué.
Les experts estiment que les groupes armés impliqués dans le trafic de drogue, l'exploitation minière illégale et l'extorsion ont profité des négociations de paix menées sous le gouvernement Petro pour renforcer leurs positions.
- Mettre fin aux violences -
À Uribia (nord), près de la frontière avec le Venezuela, les électeurs réclament plus de sécurité, d'emplois et une plus grande prise en compte des communautés autochtones.
Viviana Jayariyu, une enseignante issue de la communauté wayuu, espère "que tout s'améliore, qu'il n'y ait plus autant de violence, surtout dans les zones rurales".
La Constitution interdit à Gustavo Petro, premier dirigeant de gauche de l'histoire du pays, de briguer un second mandat. Ce président clivant jouit d'une forte popularité parmi les classes populaires après avoir augmenté le salaire minimum et élargi les programmes sociaux dans l'un des pays les plus inégalitaires au monde.
Son dauphin Ivan Cepeda, un défenseur des droits de l'homme de 63 ans, mise sur la poursuite des réformes sociales et des infructueuses négociations de paix avec les groupes armés.
Avec Petro, "nous avons beaucoup avancé en matière d'éducation (...), de protection de l'environnement, de justice sociale et de défense des droits humains", estime Pedro Barragan, un professeur de 52 ans interrogé par l'AFP dans le centre de Bogota.
Les partisans d'Ivan Cepeda craignent qu'une victoire de la droite ne ravive des décennies de guerre entre l'Etat et les groupes armés.
- Coup de barre à droite ? -
Abelardo de la Espriella, un excentrique avocat de 47 ans qui se fait appeler "Le Tigre", promet pour sa part la mort ou la prison pour les membres des organisations criminelles.
Il se présente en "outsider" et reprend à l'envi une rhétorique de "main de fer" qui a récemment valu plusieurs victoires à la droite en Amérique latine.
Admirateur des présidents américain Donald Trump, salvadorien Nayib Bukele et argentin Javier Milei, il propose de construire dix méga-prisons, de réduire de 40% la taille de l'Etat et de bombarder les campements des trafiquants de drogue en Colombie, premier producteur mondial de cocaïne.
Dimanche, il a qualifié cette élection de "bataille la plus importante de l'histoire de la république".
Le gouvernement Petro "a vraiment renforcé les groupes armés en se montrant aussi laxiste", dénonce l'une de ses partisanes, Catalina Devia, cadre dans la publicité de 42 ans.
Une autre candidate de droite est également dans le trio de tête selon les enquêtes d'opinion: Paloma Valencia, sénatrice de 50 ans adoubée par le puissant ex-président conservateur Alvaro Uribe (2002-2010).
Elle prône un recours accru aux forces de l'ordre tout en courtisant les électeurs centristes et les femmes désireuses de voir la Colombie se doter de sa première présidente.
La journée électorale s'est déroulée dans le calme dimanche, alors que les principales guérillas ont décrété un cessez-le-feu le temps du scrutin. Le gouvernement a déployé 408.000 membres des forces de l'ordre.
R.Chavez--AT