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Romuald Wadagni, un technocrate discret à la présidence du Bénin
Il a construit sa légitimité dans les chiffres avant de l'obtenir dans les urnes: après 10 ans au ministère des Finances où il a été l'architecte des profondes réformes économiques de son pays, Romuald Wadagni a été investi dimanche président du Bénin pour un mandat de sept ans.
"Je servirai le Bénin avec intégrité, avec courage et avec constance. Je servirai avec la conscience permanente que le pouvoir n'est jamais un privilège personnel", a promis le nouveau président dimanche lors de son investiture.
Pendant la courte campagne électorale qui l'a porté au pouvoir avec plus de 94% des voix, Romuald Wadagni a cherché à casser son image de technocrate en allant à la rencontre des populations à travers tout le pays.
Dans un style décontracté, tel un conférencier, souvent sans cravate ni costume, il a enchaîné les meetings sans note, balayant tous les sujets comme pour sortir de l'image de l'économiste pur jus qui lui colle à la peau.
"Pendant cette campagne, il a montré son vrai visage, il a une personnalité proche des gens, c'est sa vraie nature", assure un membre de son entourage.
Issu d'une famille d'intellectuels - son père Nestor était un important économiste béninois et sa mère entrepreneure -, "RoW", comme le surnomment ses partisans, est né le 20 juin 1976 à Lokossa, dans le sud-ouest, près du Togo voisin.
Il dit être resté proche de son terroir et aime rappeler qu'il possède une exploitation agricole qu'il n'a jamais perdue de vue.
Sa première vie se passe toutefois loin du Bénin: après des études en finance à l’École supérieure de commerce de Grenoble (France), il suit une formation à Harvard (États-Unis) et rejoint ensuite le prestigieux cabinet Deloitte, où il deviendra associé et s'occupe notamment des opérations africaines.
En avril 2016, à quelques mois de ses 40 ans, Patrice Talon, qui vient d'être élu président, lui confie les rênes du ministère de l’Économie et des Finances pour mettre en place un ambitieux programme de réformes économiques.
Sous sa houlette, le Bénin assainit ses finances avec un déficit divisé par trois et ramené à 3% du PIB, se lance dans de grands chantiers d'infrastructures et modernise son économie.
En 2021, lorsque M. Talon est réélu, il maintient sa confiance à M. Wadagni et le promeut même ministre d’État.
- "Continuité" -
La croissance est au rendez-vous, au-delà de 6% en moyenne sur la décennie, et les investisseurs internationaux plébiscitent ce bon élève ouest-africain.
En tant que président, M. Wadagni "va s'inscrire dans la continuité de ce qui a été fait", souligne l'analyste politique Franck Kinninvo.
Mais gouverner un pays ne se cantonne pas au développement économique: le président devra aussi affronter les violences jihadistes qui frappent durement l'armée dans le nord du pays.
Son entourage est formel: le président Talon l'a associé à toutes les décisions sécuritaires prises ces dernières années et l'a adoubé pour lui succéder.
Pour la campagne, il a obtenu le soutien des deux principaux partis de la majorité, et même le ralliement de certains opposants. "C'est un rassembleur", dit un proche.
"Certains lui reprochent une relative discrétion politique, mais cela peut aussi être une force dans un contexte où la sobriété et l'efficacité sont recherchées. Pour nous, Wadagni représente une nouvelle génération de leadership, moins dans le discours et plus dans l'impact", estime Lucien Fayomi, un militant qui le soutient.
Sur le plan diplomatique, il devrait là aussi jouer la carte de la continuité.
S'il ne cache pas sa proximité avec la France, dans une Afrique de l'Ouest où l'ancienne puissance coloniale est de plus en plus impopulaire, il pense pouvoir reprendre le dialogue avec le Niger voisin, où la junte souverainiste au pouvoir est ouvertement hostile au Bénin.
La présence du Premier ministre nigérien dimanche à son investiture laisse penser qu'une détente est possible.
Maintiendra-t-il le tour de vis donné aux libertés publiques, après 10 années de verrouillage du pays durant lesquelles des opposants ont été condamnés à de lourdes peines pour divers crimes?
Élu pour un mandat de sept ans renouvelable une fois, Romuald Wadagni pourrait théoriquement rester au pouvoir jusqu'en 2040.
P.A.Mendoza--AT