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Auditionné, Moulin promet d'être "un homme libre" à la tête de la Banque de France
Ex-secrétaire général de l'Elysée, Emmanuel Moulin a promis mercredi devant les parlementaires d'être "un homme libre" et "indépendant" à la tête de la Banque de France, balayant les craintes de trop grande proximité avec le pouvoir, alors que le suspense reste entier sur la validation de sa nomination.
"Je me tiens donc devant vous en homme libre, en homme du service public qui sert l'État depuis 30 ans et qui s'engage à exercer ses fonctions en toute indépendance, en toute impartialité", a déclaré M. Moulin lors de son audition devant la commission des Finances du Sénat.
"Jamais je n'ai abdiqué ni mes convictions, ni ma liberté de penser, ni mon indépendance. J'ai exercé mes fonctions sous différents gouvernements avec pour constante boussole l'intérêt général", a ajouté cet ancien directeur du Trésor de 57 ans.
"Je ne pense pas que ma carrière soit uniquement liée à celle du président actuel", a-t-il insisté lors d'une deuxième audition par la commission des Finances de l'Assemblée nationale, interrogé sur le fait d'être "un fidèle" d'Emmanuel Macron.
Les 121 commissaires des deux chambres auront ensuite le dernier mot sur sa nomination lors d'un vote à bulletin secret. Elle pourrait être rejetée si trois cinquièmes des suffrages exprimés au sein des deux commissions sont défavorables.
L'issue du vote incertaine, alors que le choix d'Emmanuel Macron de le proposer à ce poste-clé a suscité de nouvelles critiques de recasage de proches du président de la République, après les nominations déjà de Richard Ferrand à la présidence du Conseil constitutionnel et d'Amélie de Montchalin à la tête de la Cour des comptes.
- "Expérience" -
L'incertitude est encore montée d'un cran mardi, après l'annonce par les socialistes de leur intention de ne pas donner leur feu vert. Ils ont estimé que M. Moulin "ne présente pas les garanties d'indépendance politique indispensables à la fonction de banquier central", selon un communiqué du député PS Philippe Brun.
Les sénateurs PS, de leur côté, n'ont pas officialisé de position commune mais "une très grande majorité (d'entre eux) s'est exprimée pour un vote contre", selon le groupe socialiste au Sénat.
Les Insoumis et le RN ont annoncé qu'ils voteraient contre. Son sort dépendra donc largement du vote des LR.
Mais les sénateurs LR et centristes "devraient voter très majoritairement pour", a glissé mardi un cadre de l’alliance qui domine le Sénat, après avoir sondé de nombreux élus.
L’hypothèse d’un supposé accord entre le Sénat et l'Elysée, en échange d'une nomination comme Défenseur des droits du sénateur LR et ancien ministre François-Noël Buffet, a eu un certain écho dans les rangs de la droite, même si l’entourage de Gérard Larcher continue de réfuter la conclusion de tout accord.
Pour convaincre les parlementaires, M. Moulin a assuré réunir les quatre qualités nécessaires à un gouverneur de la Banque de France: une "expérience riche et diversifiée en matière de politique économique", une "indépendance sans failles", des "capacités de management" et "un profil européen et international très affirmé".
- Echelons financiers de l'Etat -
Il a par ailleurs détaillé les sujets prioritaires qui devraient retenir son attention s'il était nommé: "La stratégie monétaire dans un contexte marqué par une résurgence de l'inflation" avec la guerre au Moyen-Orient, "la souveraineté européenne en matière monétaire" ou encore "la stabilité financière".
Il s'est notamment dit "favorable" au projet d'euro numérique, estimant qu'"il s'agit d'un atout essentiel pour la souveraineté monétaire". Il a également assuré "s'engager à maintenir le rôle de proximité de la Banque de France" en "conservant une succursale dans chaque département".
Haut fonctionnaire ayant gravi tous les échelons financiers de l'Etat, Emmanuel Moulin a débuté sa carrière au Trésor. Directeur adjoint du cabinet de l'ex-ministre de l'Economie Christine Lagarde en 2007, il avait rejoint l'Élysée en 2009 comme conseiller économique du président Nicolas Sarkozy.
Après un passage dans le privé (Eurotunnel puis Mediobanca), il était revenu en 2017 au ministère des Finances comme directeur de cabinet de Bruno Le Maire. Il avait ensuite été nommé directeur du Trésor fin 2020, directeur de cabinet de l'ex-Premier ministre Gabriel Attal en 2024 et secrétaire général de l'Elysée en 2025.
B.Torres--AT