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L'UE promet un "soutien exceptionnel" aux agriculteurs face à l'envolée du prix des engrais
L'Union européenne a promis mardi d'apporter un "soutien exceptionnel" aux agriculteurs face à la flambée du prix des engrais, une crise qui s'est encore accentuée depuis le déclenchement de la guerre au Moyen-Orient.
Devant les eurodéputés à Strasbourg, le commissaire européen à l'Agriculture Christophe Hansen n'a pas précisé les montants de cette aide destinée aux agriculteurs "les plus touchés" par ce phénomène.
Mais la Commission devrait utiliser a minima en 2026 les 200 millions d'euros restant dans la réserve agricole, un fonds destiné aux situations de crise, selon une source interne.
Et l'exécutif européen veut aller plus loin en proposant plus largement d'augmenter cette réserve à l'avenir.
Pour mettre la pression, des organisations agricoles s'étaient rassemblées dès le matin devant le Parlement européen.
"La Commission européenne ne comprend pas la gravité de la situation", a déclaré à l'AFP Francie Gorman, un représentant des agriculteurs irlandais.
"Les agriculteurs ne peuvent pas supporter ces prix à long terme. Et je pense que l'on va assister à une réduction de l'utilisation des engrais, ce qui entraînera une baisse directe des niveaux de production alimentaire", a-t-il mis en garde, aux côtés d'une centaine de manifestants.
Avant le conflit au Moyen-Orient, 30% des engrais mondiaux transitaient par le détroit d'Ormuz.
Depuis fin février, le prix des fertilisants a bondi en Europe. Ceux à base d'azote coûtent autour de 500 euros la tonne désormais, contre quelque 380 euros l'hiver dernier.
A cela, s'ajoute l'envolée du coût du gazole pour les tracteurs, qui a poussé nombre d'Etats à sortir le carnet de chèques pour limiter la facture.
La Commission européenne, qui avait promis bien avant cette guerre des mesures en faveur des agriculteurs, se retrouve sous forte pression.
La guerre "a créé une prise de conscience de la nature stratégique du secteur des engrais", souligne Tiffanie Stephani, lobbyiste chez Yara, l'un des plus gros producteurs d'engrais en Europe.
Le plan d'action vise entre autres à soutenir les céréaliers, dans une situation particulièrement difficile.
Gros consommateurs d'engrais, ils sont dans le rouge depuis trois ans à cause de l'effet combiné d'une récolte de blé catastrophique en 2024 et d'une année 2025 déjà marquée par des engrais très chers ainsi qu'un prix du blé sous les 200 euros la tonne en France, du fait d'une concurrence internationale accrue.
- Taxe carbone pas remise en cause -
Au-delà de l'urgence, l'Union européenne, qui importe de 30 à 70% des engrais qu'elle consomme selon le type de fertilisants, compte agir à plus long terme avec deux mots d'ordre: la diversification des approvisionnements et l'augmentation de la production européenne.
Bruxelles veut aussi alléger ses règles sur les nitrates pour autoriser les paysans à utiliser davantage de digestat, des résidus issus de la méthanisation des déchets organiques utilisés comme alternatives aux engrais chimiques. Cet assouplissement inquiète les organisations environnementales, qui craignent des pollutions de l'eau.
Pour les engrais produits en Europe, la Commission promet également des "flexibilités" sur sa tarification du carbone, à condition que les industries s'engagent à se décarboner et à développer des engrais alternatifs.
Concernant les engrais importés, l'exécutif européen n'a en revanche pas l'intention de suspendre sa taxe carbone aux frontières (CBAM), en dépit des appels des agriculteurs et de plusieurs pays, dont la France.
Sur ce volet, la Commission a "déjà pris des mesures", insiste une porte-parole, avec une suppression temporaire de droits de douane sur les fertilisants, hors Russie et Bélarus, et une adaptation de la taxe carbone afin "d'atténuer fortement son impact".
Remettre en cause cette taxe ouvrirait une brèche dans un mécanisme qui concerne d'autres secteurs polluants comme l'acier, l'aluminium, le ciment, l'électricité et l'hydrogène. Et cela désavantagerait les fabricants européens, qui tentent d'augmenter leur production.
Le mécanisme européen "est vraiment indispensable pour garantir une concurrence équitable pour notre secteur", revendique ainsi Tiffanie Stephani.
L'Union européenne ne reviendra pas non plus sur l'augmentation progressive des taxes sur les engrais russes et bélarusses, dont Bruxelles voudrait définitivement se passer afin de priver Moscou de ressources qui financent la guerre en Ukraine.
E.Hall--AT