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En plein désert, une démonstration de force de l'Armée nationale libyenne commandée par Haftar
L'Armée nationale libyenne (ANL), dirigée par le maréchal Khalifa Haftar qui contrôle l'est et le sud de la Libye, mène une démonstration de force lors d'exercices militaires, présentés par ses responsables comme "les plus importants de l'histoire" du pays.
Le vent soulève la poussière du désert, masquant une colonne de véhicules blindés des forces spéciales qui progressent à vive allure sur une route à plus de 100 km de Derna (est).
A l'entrée d'un vaste campement composé de bâtiments préfabriqués et de stations-service, un portrait géant du maréchal domine le site.
Ces manoeuvres, qu'une équipe de l'AFP a pu suivre samedi au cours d'un déplacement organisé et encadré par l'ANL, doivent culminer le 19 mai devant Khalifa Haftar, 82 ans, et ses fils, au premier rang desquels son successeur désigné, Saddam. Plusieurs invités étrangers, notamment des ambassadeurs en poste à Tripoli, sont attendus.
Elles coïncident avec l'anniversaire de la "bataille de Karama", une offensive des forces pro-Haftar lancée le 16 mai 2014 pour chasser les groupes jihadistes de Benghazi, dont le groupe Etat islamique (EI), dans un contexte de chaos sécuritaire.
Cette campagne avait permis au camp Haftar d'étendre progressivement son contrôle sur l'ensemble de l'est libyen.
Colonnes de chars, systèmes de défense aérienne Pantsir de fabrication russe, vedettes rapides des garde-côtes: les manoeuvres mobilisent "plus de 25.000 soldats" de toutes les unités depuis deux semaines, dit à l'AFP le général Omar Mrajah el-Jedid, responsable des exercices qu'il qualifie de "plus importants de l'histoire" libyenne.
Le général Abdallah Noureddine, chef opérationnel de l'ANL venu superviser les exercices près du village d'El Ezzeiat, y voit pour sa part un "message pour nos amis et nos ennemis", sans plus de précisions.
Ils se tiennent alors que plusieurs médias rapportent que les Etats-Unis, via leur émissaire pour l'Afrique, Massad Boulos, tentent de favoriser un rapprochement entre les autorités de l'est et de l'ouest libyens, dans un contexte de discussions sur une éventuelle reconfiguration du pouvoir.
- "Pas l'armée du maréchal Haftar" -
La Libye reste divisée depuis la chute de Mouammar Kadhafi en 2011, avec deux exécutifs parallèles: l'un à Tripoli (ouest), dirigé par Abdelhamid Dbeibah et reconnu par l'ONU, et l'autre basé à Benghazi (est), sous la férule du clan Haftar.
Après l'échec de l'offensive du maréchal Haftar contre Tripoli en juin 2020, à l'issue d'un an de combats meurtriers, un changement d'approche semble s'être opéré.
Le contrôle de l'est et du sud par l'ANL a apporté "la sécurité et la stabilité" aux habitants de plusieurs villes, qui "bénéficient de projets de reconstruction et développement", assure le général Noureddine, disant "souhaiter la même chose pour le reste de la Libye".
Des ONG ont accusé ces dernières années des forces affiliées au camp Haftar d'arrestations arbitraires, de disparitions forcées et d'une concentration du pouvoir autour du clan familial du maréchal.
Pour le général el-Jedid, les exercices actuels, préparés "pendant six mois", sont "un message pour montrer que nous pouvons sauvegarder les intérêts de tous les Libyens", et que l'armée peut "protéger les frontières de toutes les attaques", qu'elles proviennent "de contrebandiers ou de groupes terroristes qui se déplacent actuellement autour du Mali, du Niger ou d'autres pays et essayent d'entrer en Libye".
Face aux critiques contestant la vocation nationale de l'ANL, le général, lui-même originaire de Tripoli et qui s'est enrôlé sous Kadhafi en 2001, rétorque: "Ce n'est pas une armée privée, ni l'armée du maréchal Haftar, ni une armée pour l'est, l'ouest ou le sud. C'est l'armée de tous les Libyens, tribus et familles".
A.O.Scott--AT