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Wes Streeting, ambitieux quadragénaire à la droite du Labour qui veut détrôner Starmer
Le suspense durait depuis des semaines: l'ex-ministre britannique de la Santé, Wes Streeting, ambitieux quadragénaire issu de l'aile droite du Labour, est devenu samedi le premier des concurrents potentiels du Premier ministre, Keir Starmer, à déclarer ouvertement son intention de le remplacer.
"Il nous faut une véritable compétition (au sein du Parti travailliste, ndlr) avec les meilleurs candidats en lice, et je me présenterai", a déclaré Wes Streeting, qui avait démissionné jeudi de son poste de ministre de la Santé.
Celui qui passe pour un communicant efficace a eu des mots cruels pour l'actuel Premier ministre dans sa lettre de démission, l'accusant de n'avoir ni "vision" ni "direction" et de sacrifier ses collaborateurs pour ses propres erreurs.
Wes Streeting n'a toutefois pas déclenché formellement cette course à la succession de Keir Starmer à la tête du Labour et donc à Downing Street. Cette étape nécessiterait qu'il ait rassemblé 81 députés prêts à le soutenir.
Or, plusieurs médias indiquent qu'il peinerait à les recueillir. Lui, assure avoir "du soutien au sein du groupe parlementaire" mais explique vouloir attendre que tous les autres candidats potentiels soient en mesure de concourir, notamment l'actuel maire du Grand Manchester, Andy Burnham.
S'il s'est fait connaître auprès du grand public en intervenant régulièrement dans les médias pour défendre l'action du gouvernement, Wes Streeting, tenant d'un Labour réformiste dans le sillon de Tony Blair, est peu populaire au sein d'un parti où l'aile gauche pèse lourd.
Depuis son entrée au gouvernement en juillet 2024, sa tâche principale a été, selon ses propres termes, de "réparer" le National Health Service, le service public de santé miné par des années de coupes budgétaires, à l'origine de listes d'attente interminables et de grèves à répétition chez les médecins.
Dès l'automne dernier, les rumeurs sur ses manoeuvres pour renverser Starmer faisaient la Une des médias. Rumeurs que Streeting avait balayées comme "catégoriquement inexactes", accusant les alliés de Starmer de l'attaquer en "traîtres".
- Origines modestes -
Mais les ambitions de cet homme de 43 ans au visage poupin, député d'une circonscription à la périphérie nord-est de Londres, ne faisaient pas de doute.
Parmi ses réussites, Streeting cite des délais d'attente désormais réduits pour les soins du NHS. Même si certains proches du Labour parmi lesquels un ex-conseiller interrogé par l'AFP estiment qu'il aurait dû réformer plus en profondeur ce vénérable service public.
Dans sa biographie, Streeting met aussi en avant ses origines modestes: sa mère et son père, respectivement âgés de 17 et 18 ans à sa naissance, n'avaient pas de berceau pour lui, et il a grandi dans un HLM de l'Est de Londres.
Détail original: ses grands-parents maternels étaient des criminels ayant fait de la prison, et connaissaient des membres d'un gang mafieux qui défraya la chronique dans les années 1950-60, les Krays.
Sa biographie souligne aussi qu'il fut le premier de sa famille à aller à l'université, à Cambridge, où il fut président du syndicat étudiant. A cette époque, ce chrétien pratiquant (anglican) révèle son homosexualité.
"Ma foi a rendu difficile l'acceptation de ma sexualité", confiait-il a posteriori à des magazines chrétiens. Il vit depuis 2013 en couple avec un autre membre du Labour, Joe Dancey.
- Mandelson pour mentor -
A côté d'un Keir Starmer aux prestations souvent rigides, le quadragénaire paraît très à l'aise. Lors du congrès du Labour de septembre 2022, il a gagné en notoriété en chantant sur scène un tube de Robbie Williams, "Angels" avec le refrain modifié, "I'm loving Starmer instead".
Mais il pourrait être desservi par ses liens avec l'ancienne figure du Labour, Peter Mandelson, désormais infréquentable, qui l'a guidé dans ses débuts en politique en l'accompagnant dans sa première campagne législative, victorieuse, en 2015.
En outre, sa cote de popularité est faible par rapport à celle d'autres personnalités politiques britanniques. Selon l'institut YouGov, il n'arrive qu'à la 52e place avec seulement 12% d'opinions favorables, contre 19% pour Keir Starmer.
Mais l'impopularité ne lui fait pas peur.
"C'est tellement extraordinaire d'être en position de faire et de changer des choses", disait-il dans un récent podcast. "Quand les choses sont dures, les sondages mauvais, on doit se souvenir qu'on s'est engagé pour ça, et ça ne me gêne pas, loin de là, je l'accepte et le savoure", a-t-il ajouté.
P.A.Mendoza--AT