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En Egypte, la guerre au Moyen-Orient pousse les agriculteurs à voir plus petit
Dans son champ de maïs et de sésame, Achraf Abou Ragab fait les comptes avec amertume. Cet agriculteur égyptien a dû réduire de moitié la superficie qu'il cultive, victime comme d'autres petits exploitants de la flambée des prix des engrais provoquée par la guerre au Moyen-Orient.
"Tout est devenu plus cher", assure l'homme de 45 ans à l'AFP, dans son village de Nazlet al-Shobak, à environ 50 kilomètres au sud du Caire. "Engrais, semences, produits chimiques. Les récoltes ne couvrent plus leurs coûts."
Depuis le début de la guerre déclenchée fin février par une offensive israélo-américaine contre l'Iran, la plupart de ses dépenses ont presque doublé. Dans ces conditions, assure M. Abou Ragab, l'agriculture "ne rapporte plus". Une réalité qui l'a poussé à prendre des décisions douloureuses.
Avant le conflit, il cultivait un acre entier (environ un demi-hectare) avec l'aide d'une petite équipe.
Désormais, il n'exploite plus que la moitié de cette superficie, seul, après avoir licencié ses trois ouvriers. Il a également renoncé au blé, une culture particulièrement gourmande en engrais.
Dans cette contrée agricole, les effets de la crise sont visibles partout. Les pompes d'irrigation restent à l'arrêt pendant des heures pour économiser le carburant et certaines parcelles ont été laissées en friche.
En observant le résultat de la récolte, Mohamed Ragab, un métayer de 40 ans, se montre inquiet. "Je vais à peine m'en sortir", confie-t-il.
- "Choix difficiles" -
Les perturbations du trafic maritime dans le détroit d'Ormuz, artère vitale du commerce mondial, ont restreint l'offre d'énergie et d'engrais. Environ un tiers des engrais commercialisés transitent par cette voie navigable, ainsi qu'un cinquième du gaz naturel liquéfié et du pétrole brut mondial.
Cette tension se répercute directement sur toute la chaîne agricole, de la production d'engrais à l'irrigation, en passant par le transport des récoltes.
"Les agriculteurs devront faire des choix difficiles: utiliser moins d'intrants, changer de culture ou réduire l'irrigation, autant de mesures qui font baisser les rendements", explique à l'AFP Maximo Torero, chef économiste à l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO).
Bien que l'Egypte produise entre sept et huit millions de tonnes d'engrais azotés par an et en exporte plus de la moitié, l'accès au marché intérieur demeure inégal. Le pays reste en outre fortement dépendant des importations de carburant, ce qui l'expose particulièrement aux chocs énergétiques mondiaux.
Les prix des carburants ont bondi de près de 30% en mars et, selon Sherif El-Gebaly, président de la Chambre des industries chimiques, et le prix de l'urée granulée (un engrais azoté) a quasiment doublé.
- Bénéfices des producteurs d'engrais -
Dans une petite boutique de fertilisants et de produits chimiques, un commerçant dit tenter d'alléger la pression en achetant des produits subventionnés pour les revendre à des prix inférieurs à ceux du marché.
"J'essaie de vendre moins cher pour qu'ils (les agriculteurs, NDLR) puissent continuer", dit-il à l'AFP, en préférant rester anonyme.
La pression qui pèse sur les exploitants contraste avec la situation des producteurs d'engrais, qui profitent de la hausse des cours mondiaux et d'une forte demande à l'exportation.
"Abu Qir Fertilizers", l'un des plus grands producteurs d'azote d'Egypte, a déclaré que ses bénéfices non audités du premier trimestre avaient plus que doublé.
"La saison à venir sera très difficile (...) Si les prix restent à ce niveau, de nombreux agriculteurs ne pourront pas continuer", prévient Hussein Abou Saddam, président du Syndicat des agriculteurs.
Le blé représente environ un tiers des terres cultivées en Egypte, un enjeu crucial pour l'approvisionnement d'un pays qui importe également entre 12 et 14 millions de tonnes par an pour soutenir son système de subventionnement du pain.
Maximo Torero de la FAO avertit de son côté que même si le détroit d'Ormuz rouvrait demain, les marchés "mettraient six à huit mois à se redresser".
Si les perturbations persistent, ajoute-t-il, "nous pourrions être confrontés à une situation similaire à celle du Covid-19 d'ici la fin de l'année ou l'année prochaine".
E.Hall--AT