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Kevin Warsh, de Wall Street au sommet de la Fed
Assuré d'être le nouveau président de la banque centrale des Etats-Unis (Fed), Kevin Warsh est un habitué des milieux d'affaires qui a convaincu Donald Trump qu'il était l'homme de la situation. Quitte à susciter des interrogations sur sa capacité à faire barrage aux interventions du chef de l'Etat.
Les sénateurs américains viennent de confirmer son arrivée au conseil des gouverneurs de la Réserve fédérale, dernière étape avant qu'ils ne valident sa nomination au poste de président.
M. Warsh, 56 ans, va donc retrouver l'institution vingt ans après y avoir fait ses premiers pas de banquier central. Il était alors, à 35 ans, le plus jeune gouverneur de l'histoire.
Dans l'intervalle, sa dense chevelure brune vantée par Donald Trump, s'est mouchetée de blanc.
Il a surtout passé une grande partie de ces années à "critiquer sévèrement" l'institution, observe auprès de l'AFP David Wessel, chercheur à la Brookings Institution.
"Il va devoir désormais gagner la confiance des équipes et des autres responsables monétaires pour mener à bien son programme", ajoute M. Wessel, qui le décrit comme "très diplomate et généralement habile avec les gens".
Alors que l'opposition démocrate voit en lui un "pantin de Trump", il s'est engagé lors de son audition au Sénat à "faire en sorte que la conduite de la politique monétaire reste strictement indépendante".
Il a assuré que le président ne lui avait pas demandé d'abaisser les taux d'intérêt et qu'il ne s'y serait "jamais" engagé.
- Ancien "faucon" -
Le locataire de la Maison Blanche veut un patron de banque centrale très "colombe", c'est-à-dire enclin à stimuler l'économie via des taux bas.
Kevin Warsh sait qu'il est attendu au tournant par les milieux financiers dont il est issu. Ils l'ont connu "faucon", soucieux de l'inflation, et soupçonnent une mue opportuniste.
En campagne pour la tête de la Fed, il a glissé du miel aux oreilles de Donald Trump: il a loué les politiques "procroissance" de l'exécutif et dit que les taux pouvaient diminuer.
Au même moment, le président multipliait les pressions sur la banque centrale, et tentait d'éjecter le président sortant Jerome Powell et la gouverneure Lisa Cook.
Kevin Warsh s'est abstenu de commenter ces affaires. Il va maintenant siéger à leurs côtés, M. Powell ayant de décidé de rester au conseil des gouverneurs tant qu'il ferait l'objet de menaces politico-judiciaires.
M. Warsh, qui a dit devant les sénateurs vouloir de "grands changements" à la Fed, devra d'abord convaincre les responsables en place.
Il compte notamment communiquer différemment et réduire le volume d'actifs financiers détenus par l'institution - qui a explosé au fil des crises - pour diminuer son poids sur les marchés financiers.
- Occasion manquée en 2018 -
A la tête d'une immense fortune (il a promis de céder plus de 100 millions de dollars d'actifs une fois nommé), Kevin Warsh est l'époux de Jane Lauder, héritière de la famille du groupe de cosmétiques Estée Lauder.
Il s'est présenté plus humblement devant les sénateurs.
Issu de l'Etat de New York, mais à 200 km de la capitale économique des Etats-Unis, il a salué les "valeurs transmises" par ses parents, désormais décédés, ainsi que les "enseignants exceptionnels et camarades de classe brillants" côtoyés pendant sa scolarité dans le public.
Après le lycée, il intègre de prestigieuses universités (Stanford, Harvard), travaille plusieurs années pour la banque Morgan Stanley dont il devient un haut dirigeant.
Juriste de formation, il quitte la banque et le domaine des fusions-acquisitions pour devenir un des conseillers économiques du président républicain George W. Bush, plus particulièrement chargé des marchés financiers.
Ce même Bush le propulse en 2006 au conseil des gouverneurs de la banque centrale pour un mandat de quatorze ans.
Crédité d'avoir joué un rôle actif pendant la crise financière de 2008, Kevin Warsh claque la porte en 2011, en désaccord avec la politique monétaire. Il trouve qu'il est temps de serrer la vis.
Il rejoint ensuite l'investisseur multimilliardaire Stanley Druckenmiller, une voix influente à Wall Street qui a poussé sa candidature pour la Fed.
Donald Trump avait envisagé de le nommer président dès 2018, pendant son premier mandat. Il lui avait finalement préféré Jerome Powell, devenu très vite son bouc émissaire.
N.Mitchell--AT