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En Ukraine, entre repos et détonations pendant la trêve avec la Russie
À Zaporijjia, dans le sud-est de l'Ukraine, la courte trêve entre Kiev et Moscou entrée lundi dans son dernier jour n'a pas interrompu les alertes aériennes et la population, éprouvée par plus de quatre ans d'invasion russe, évoque des "jours ordinaires".
"Nous marchions et nous pouvions même entendre des explosions", raconte Anastasia Rybalka, rencontrée par l'AFP dans les rues de Zaporijjia, une grande ville industrielle proche de la ligne de front et cible récurrente d'attaques de drones et de missiles russes.
"Ce n’était qu’une journée ordinaire", avec "l'écho constant" des bombes, résume cette informaticienne de 23 ans.
Ce cessez-le-feu de trois jours a été annoncé vendredi - à quelques heures des célébrations par la Russie de la victoire sur l'Allemagne nazie - par Donald Trump, qui a dit espérer que cela signe "le début de la fin" du conflit.
Peu après la publication du message du président américain, son homologue ukrainien Volodymyr Zelensky a ordonné à l'armée de ne pas attaquer le défilé samedi sur la place Rouge à Moscou. La Russie a aussi confirmé avoir accepté la trêve.
Mais depuis le début de ce cessez-le-feu, les deux pays se sont mutuellement accusés d'attaques contre des civils.
Selon Kiev, la région de Zaporijjia figure parmi celles visées par des drones russes.
"Il y avait moins de frappes mais il y en avait quand même", observe Dmytro Zlotchevsky.
"Je pense qu’il vaut mieux ne pas compter sur le fait que ce cessez-le-feu se transforme en quelque chose de plus important", ajoute ce professeur d'anglais de 45 ans, qui vit en dehors de Zaporijjia et dit avoir entendu de multiples explosions.
Selon lui, il ne s'agit que d'"une pause que l’Etat agresseur a quémandée auprès de Trump pour organiser son défilé. Et ensuite, il continuera ses actions en vue de détruire le peuple ukrainien".
- "Enfin dormir" -
Depuis le début de l'invasion russe en 2022, plusieurs trêves ont été annoncées sans déboucher sur des avancées concrètes.
Les efforts diplomatiques pour des discussions directes entre Kiev et Moscou, sous la médiation américaine, peinent à être relancés depuis le déclenchement de la guerre au Moyen-Orient fin février.
Le président russe Vladimir Poutine a dit samedi entrevoir une fin prochaine de la guerre, sans détailler son propos.
Svitlana Garbouzova, quant à elle, ne croit pas que ce conflit "finira bientôt".
"J'ai l'impression qu'on va vivre avec ça encore plusieurs années", confie l'étudiante de 24 ans, évoquant les frappes et les alertes aériennes répétées.
À Odessa, un grand port sur la mer Noire, Tetiana, une institutrice de 38 ans qui n'a pas donné son nom, a pu, pour sa part, "enfin dormir, aller à la mer et se détendre".
La ville, cible habituelle des drones russes, a bénéficié d'un répit ce week-end.
"Et nous aimerions vraiment que cette trêve dure encore un peu", dit-elle, souhaitant que la guerre prenne fin "dès que possible".
Dmytro, un vendeur de 20 ans, refuse, de son côté, de se laisser berner par ce calme relatif : "demain ou après demain, il peut y avoir des attaques massives dans toute l’Ukraine", met-il en garde.
Svitlana, rencontrée par l'AFP dans les rues d'Odessa, sent que "l'angoisse est toujours là", même si elle a pu dormir "paisiblement" pendant ces deux nuits de trêve.
Cette retraitée de 68 ans est originaire du Donbass, une région industrielle de l'est de l'Ukraine que la Russie cherche à annexer, où "sa maison est détruite, brûlée".
Dans le Donbass, épicentre des combats, "ce n’était pas calme du tout : il y a eu des bombardements, des gens ont été blessés, les destructions continuent", soupire-t-elle, avant de conclure : "Odessa a ressenti un peu de calme, le Donbass non".
O.Ortiz--AT