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Au Mondial, les Mexicaines refusent d'être des femmes-objets dans les tribunes
Andrea Peña est prête pour la Coupe du monde de football: elle a ses billets pour les matches disputés au Mexique, un pays où la femme n'a longtemps été qu'un objet décoratif dans les tribunes des stades.
Le Mexique souffre d'un problème chronique de machisme et de violence de genre, qui tuent en moyenne dix femmes ou filles chaque jour dans le pays selon des données gouvernementales reprises par l'ONU, même si ces dernières années la cause des femmes a gagné du terrain. Claudia Sheinbaum, ex-cheffe du gouvernement de la ville de Mexico élue à la présidence mexicaine en juin 2024, en est l'exemple le plus emblématique.
Andrea Peña est supportrice des Pumas de Mexico depuis son adolescence. À 29 ans, elle fait partie de La Rebel, un des groupes ultra du club, où elle a d'ailleurs rencontré son mari. Elle prépare maintenant le Mondial, que le Mexique co-organise cet été avec les États-Unis et le Canada.
"Nous avons prévu de voyager pour voir les matches (...) aux États-Unis, à Monterrey, à Guadalajara et ici" pour le match d'ouverture le 11 juin, dit-elle à l'AFP.
La présidente mexicaine, pour sa part, n'assistera pas à cette rencontre dans le mythique stade Azteca et suivra la cérémonie avec des sympathisants sur la place du Zócalo, au cœur de la capitale.
A sa place, c'est une jeune fille qui sera dans la tribune présidentielle, celle qui aura remporté une inédite compétition de jongles.
- "On s'y connait" -
Le Mexique avait déjà accueilli la plus grande compétition du football mondial en 1970 et en 1986. La première a sacré Pelé et le second Diego Maradona au stade Azteca. L'image de la femme dans les tribunes était alors très différente. Beaucoup se souviennent encore de la chanson "Chiquitibum" il y a quatre décennies: l'actrice espagnole Mar Castro apparaissait dans une publicité pour une bière, vêtue d'un crop top et se déhanchant au milieu des supporters masculins.
Selon un sondage de l'institut Mitofsky, 25% des Mexicaines s'intéressent à la Coupe du monde, contre 44% pour les hommes.
"Nous, les femmes, devons démontrer qu'on s'y connait en football", explique Luz Vari, qui a fondé en 2019 la "barra feminista", un groupe de supportrices du championnat professionnel féminin.
"Si tu ne connais pas le nom de tous les joueurs, alors tu es censée ne rien savoir du football. On exige de nous de connaître des choses que les hommes eux-mêmes ignorent", ajoute-t-elle.
Au Mondial cet été, six femmes officieront comme arbitre principal, dont la Mexicaine Katia Itzel Garcia. Les femmes se font également une place depuis quelques années dans le journalisme sportif, un secteur toujours dominé par les hommes.
- La comptable -
Le Mexique a accueilli en 1971 - et terminé finaliste - une Coupe du monde féminine de football qui, bien que non reconnue officiellement, a rassemblé plus de 110.000 spectateurs lors de la finale à l'Azteca.
Andrea Peña affirme que la présence de femmes dans les groupes ultras augmente: lors d'un match classique, "il y a 40% ou peut-être 50%" de femmes, dit-elle.
La sociologue argentine Natalia D'Angelo, qui étudie le phénomène des barras, explique que les femmes doivent livrer un combat "très intense" pour être reconnues au sein de ces groupes. "Et lorsqu'elles y parviennent, c'est dans des fonctions genrées, par exemple comme organisatrices ou administratrices", explique cette professeure à l'université ibéro-américaine de Mexico.
"Ce sont les marges que nous laissent ces organisations de supporters, qui sont un espace physiquement masculin", ajoute-t-elle.
C'est le cas d'Ofelia Ponce, une "référence" au sein de La Rebel. Le groupe l'a "repérée" alors qu'elle n'avait que 14 ans et aujourd'hui, elle gère les ressources collectées par l'organisation.
"La nature même de la femme est d'administrer, de prendre soin des ressources", explique cette comptable de 51 ans, aux abords du stade Olimpico Universitario, l'antre des Pumas. "Je m'intègre donc dans cette partie de la barra, celle de la gestion de l'argent".
B.Torres--AT