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Retour de l'ambassadeur de France en Algérie, nouveau signe de dégel entre les deux pays
La France a annoncé le retour de son ambassadeur en Algérie, à l'occasion d'une visite ministérielle qui doit permettre de "nouer des relations confiantes" et "restaurer un dialogue efficace" avec Alger, après presque deux ans de crise diplomatique entre les deux pays.
La ministre française déléguée aux Armées, Alice Rufo, et l'ambassadeur Stéphane Romatet, qui avait été rappelé à Paris en avril 2025 par le président Emmanuel Macron, sont arrivés vendredi vers 10H00 locales (11H00 française, 09H00 GMT) à Sétif, a constaté un journaliste de l'AFP.
Ce voyage s'ouvre par une visite symbolique sur les lieux d'une répression sanglante menée par l'armée française à partir du 8 mai 1945. Ces massacres à Sétif, mais aussi dans les villes de Guelma et Kherrata, ont fait des milliers de morts - 45.000 morts selon Alger et entre 1.500 et 20.000 morts, dont 103 Européens, selon différentes sources françaises.
"Cette démarche témoigne de la volonté du président de la République de traiter des relations entre la France et l'Algérie avec honnêteté, dans le respect de toutes les mémoires qui y sont liées", écrit la présidence française dans un communiqué.
"La lucidité avec laquelle la France regarde l'histoire doit aujourd'hui permettre de nouer des relations confiantes et prometteuses pour l'avenir, dans l'intérêt même des peuples français et algérien", estime l'Elysée.
Alice Rufo sera également "reçue par les autorités algériennes avec qui elle évoquera les prochaines étapes de la consolidation de nos relations bilatérales" et communiquera "l'appréciation du président de la République pour la reprise de notre coopération consulaire, sa volonté d'amplifier les résultats déjà obtenus et de restaurer un dialogue efficace".
- Dégel -
Ce voyage est le deuxième d'un membre du gouvernement français en moins de trois mois, après celui du ministre de l'Intérieur Laurent Nunez mi-février.
Il marque un dégel après une profonde crise diplomatique entre Paris et Alger, déclenchée à l'été 2024 par le soutien apporté par Paris à un plan d'autonomie "sous souveraineté marocaine" pour le territoire disputé du Sahara occidental.
Dans ce territoire au statut non défini selon l'ONU, un conflit oppose depuis 50 ans le Maroc aux indépendantistes du Front Polisario, soutenus par Alger. L'Algérie avait immédiatement retiré son ambassadeur en France.
La crise s'était aggravée avec l'arrestation en novembre 2024 de l'écrivain franco-algérien Boualem Sansal (gracié par le président algérien Abdelmajid Tebboune en novembre 2025) et après la mise en examen, en avril 2025, d'un agent consulaire algérien accusé d'être impliqué dans l'enlèvement en France d'un influenceur algérien, Amir DZ.
Cette affaire avait conduit à l'expulsion réciproque d'une douzaine de diplomates et agents consulaires et au rappel de l'ambassadeur.
- Reprise des expulsions -
Les relations étaient au point de rupture, alimentées par les prises de position du ministre français de l'Intérieur de l'époque Bruno Retailleau (septembre 2024-octobre 2025), tenant d'une ligne dure, qui avait cristallisé sur sa personne les critiques d'Alger.
Un réchauffement s'est amorcé avec la visite mi-février de son successeur Laurent Nunez, qui avait rencontré le président Tebboune. Depuis, les expulsions d'Algériens en situation irrégulière en France, jusqu'alors gelées, ont notamment repris.
Les contacts se sont ensuite multipliés: mi-mars, les chefs de la diplomatie des deux pays, Jean-Noël Barrot et Ahmed Attaf, se sont entretenus pour la première fois depuis des mois ; récemment nommée à la tête de l'Institut du monde arabe, l'ancienne conseillère d'Emmanuel Macron pour l'Afrique du Nord et le Moyen-Orient, Anne-Claire Legendre, s'est également rendu à Alger en avril.
- Journaliste emprisonné -
Autre dossier non résolu, symbole de la crise entre les deux pays: le cas du journaliste Christophe Gleizes, auquel l'Elysée a affirmé porter une "attention prioritaire".
Le journaliste sportif de 37 ans a été arrêté dans le cadre d'un reportage en mai 2024 en Kabylie et condamné en appel début décembre à sept ans de prison pour "apologie du terrorisme".
Sa famille a annoncé mardi qu'il avait retiré depuis mars son pourvoi en cassation, une démarche visant à ouvrir la voie à une possible grâce du président Tebboune.
Sa mère a indiqué qu'elle avait pu lui rendre visite en prison le 21 avril, mais il n'a reçu aucune visite consulaire à ce jour.
"Ces étapes importantes du renforcement de la relation de la France et de l'Algérie donnent espoir et confiance dans une issue prochaine au drame humain que vivent Christophe Gleizes et sa famille", a réagi auprès de l'AFP Thibaud Bruttin, directeur de Reporters Sans Frontières.
A.O.Scott--AT