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Venezuela: un an après, les autorités reconnaissent la mort d'un prisonnier politique
Les autorités vénézuéliennes ont reconnu jeudi la mort en détention d’un prisonnier politique et ordonné l’exhumation de son corps, près de neuf mois après son décès dont sa mère n'avait pas été informée.
Il s'agit de la première affaire dans laquelle les autorités reconnaissent le décès d'une personne portée disparue plusieurs mois après son arrestation et son décès.
A la demande de sa mère Carmen Navas, le corps de Victor Hugo Quero Navas, 51 ans, va être exhumé dans les prochaines heures dans le cadre de l'enquête pour être identifié formellement, a annoncé un peu plus tard le ministère public dans un communiqué.
Alfredo Romero, de l'ONG Foro Penal, qui défend les prisonniers politiques, affirme que 19 d’entre eux sont morts en détention depuis 2014.
Depuis la capture de l’ancien président Nicolas Maduro par l’armée américaine, le 3 janvier, le pouvoir vénézuélien est sous pression sur ce dossier.
La présidente par intérim Delcy Rodriguez a promulgué une loi d'amnistie qui a permis la libération de centaines de prisonniers politiques, mais environ 500 sont toujours derrière les barreaux, selon les ONG.
"Après examen du dossier, il a été établi" M. Quero Navas, 51 ans, "avait été arrêté le 3 janvier 2025" et "transféré le 15 juillet 2025 à l'Hôpital militaire" (...) Après dix jours de prise en charge médicale, il est décédé d'une insuffisance respiratoire aiguë secondaire", selon un communiqué des autorités pénitentiaires un peu plus tôt dans la journée.
"Au cours de sa détention, le citoyen n'a pas fourni d'informations relatives à ses liens de filiation et aucun membre de sa famille ne s'est manifesté pour solliciter lui rendre visite", ont-elles affirmé pour justifier n'avoir averti personne.
Carmen Navas, la mère de Quero Navas, a été conduite jeudi après-midi par les autorités au Parc mémorial Jardin La Puerta, un cimetière de Caracas, où son fils a été enterré, a constaté une journaliste de l'AFP.
Elle a demandé qu'un test ADN soit effectué afin de confirmer l'identité du corps, après avoir déposé un bouquet de fleurs sur la tombe.
Comme des centaines de prisonniers politiques, M. Quero Navas, inhumé le 30 juillet 2025, n'appartenait à aucun parti politique, a notamment été accusé de "terrorisme".
- "Information dissimulée" -
De nombreuses familles sont restées pendant des mois sans nouvelles de leurs proches après leur arrestation, et leurs demandes d’information sont restées vaines.
A l'occasion de visites, des détenus faisaient passer des messages ou donnaient des nouvelles des disparus.
"Le communiqué du ministère est (...) révoltant, car il affirme qu’aucun lien de filiation n’avait été établi et que personne ne lui avait rendu visite. Or, précisément, le problème est qu’il avait disparu", a dénoncé M. Romero, de l’ONG Foro Penal.
"Sa mère le recherchait depuis longtemps et personne ne lui donnait d’informations. Elle s’est rendue à la prison de Rodeo I, où l’on a refusé de lui dire où il se trouvait, alors que les autorités savaient parfaitement qu’il y était décédé", a‑t‑il pointé.
"Víctor Hugo était mort depuis neuf mois lorsque le régime a daigné lui répondre!", s'est insurgé sur X Edmundo Gonzalez Urrutia, qui revendique la victoire à la présidentielle de 2024 contre M. Maduro.
La contestation de cette élection, validée par la Cour suprême, malgré les accusations de fraude, a donné lieu à un tour de vis sécuritaire avec une répression et des milliers d’arrestations.
"(Quero Navas) a été enterré sans qu’on (sa mère) en soit informée. Et l’Etat appelle cela un +respect des protocoles+. Ce qui s’est passé ici relève d'une disparition forcée", a souligné M. Gonzalez Urrutia.
"Le Venezuela doit répondre devant elle (...) et devant la justice. Nous, Vénézuéliens, méritons de connaître la vérité", conclut-il.
Pour Marino Alvarado de l'ONG Probea, cette affaire est la "preuve de la gravité des disparitions forcées de personnes et du fait de ne pas disposer d'institutions indépendantes qui garantissent le respect des droits humains".
Il appelle à l'ouverture d'une enquête visant notamment "le ministre des Affaires pénitentiaires, le directeur de la prison d'El Rodeo, dans laquelle Quero Navas était incarcéré et (l'ex-procureur général) Tarek William Saab"".
"On ne peut pas trouver normal qu'un prisonnier soumis à une disparition forcée meure et que l'information soit dissimulée", a-t-il poursuivi.
La nouvelle médiatrice de la République Eglée Gonzalez Lobato, nommée en avril, a demandé une "enquête exhaustive,indépendante et transparente".
N.Mitchell--AT