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Au Royaume-Uni, avertissement pour le Labour au pouvoir après la victoire électorale des Verts
La victoire des Verts lors d'une législative partielle au Royaume-Uni dans un bastion historique du Labour sonne vendredi comme un avertissement pour le Premier ministre Keir Starmer, fragilisé sur sa gauche alors qu'il subit déjà la montée du parti anti-immigration Reform UK à droite.
Ce résultat témoigne aussi de l'affaiblissement de la domination des travaillistes et des conservateurs sur la politique britannique, le Labour n'arrivant qu'à la troisième place.
La candidate des Verts, Hannah Spencer, plombière de 34 ans, est arrivée en tête avec 41% des voix, devant Reform (29%) et les travaillistes (25%), dans ce scrutin qui se tenait dans la circonscription de Gorton-et-Denton, au sud de Manchester.
La présidente du Labour, Anna Turley, a jugé "clairement décevant" l'issue du vote, en affirmant toutefois que les nouveaux partis ne proposaient qu'une "politique de la colère et des réponses faciles".
C'est la deuxième élection partielle (sur deux organisées) que perd le Labour depuis son retour au pouvoir en juillet 2024. La précédente, en mai 2025, avait été remportée par le parti Reform de Nigel Farage.
Preuve des difficultés du gouvernement de Keir Starmer, en berne dans les sondages, qui peine à répondre aux attentes des Britanniques sur le coût de la vie, l'économie ou encore l'amélioration des services publics.
Et c'est un nouveau coup de semonce pour le Premier ministre, qui s'était impliqué personnellement dans la campagne, à l'approche des élections locales de mai, présentées par beaucoup comme cruciales pour son maintien à Downing Street.
- "Remplacer le Labour" -
"Lorsque j’ai été élu chef des Verts, j’ai dit que nous étions là pour remplacer le Parti travailliste et je le pensais vraiment (...) Les gens savent désormais que voter Verts est le meilleur moyen de vaincre Reform", s'est félicité le chef des Verts Zack Polanski, dont la formation est en pleine ascension depuis qu'il en a pris la tête en septembre 2025.
Son programme très marqué à gauche - il prône une hausse des impôts des plus riches - et un positionnement ouvertement propalestinien, ont séduit dans une circonscription historiquement travailliste et où plus d'un quart de la population est musulmane.
Reform UK, donné favori à l'échelle nationale, espérait pourtant créer la surprise dans cette circonscription ancrée à gauche.
Nigel Farage a déploré sur X un scrutin qui scelle "la victoire du sectarisme et de la triche". Une organisation de surveillance des élections a rapporté avoir observé de nombreuses personnes entrant à plusieurs dans les isoloirs pour voter, une pratique interdite.
Son candidat Matt Goodwin, ex-universitaire devenu présentateur sur la très conservatrice chaîne de télévision GB News, a lui aussi dénoncé "un dangereux sectarisme musulman".
- "Deux fronts" -
La victoire des Verts va aussi alimenter les critiques de ceux qui, au sein du Labour, estiment que le parti a délaissé son aile gauche et trop chassé sur les terres de Reform, en particulier en durcissant sa politique migratoire.
Après la victoire de Reform UK à la précédente élection partielle, les électeurs "sont de plus en plus prêts à voter pour des partis autres que les partis traditionnels", les travaillistes ou les conservateurs, a souligné l'expert en sondages John Curtice, sur la BBC.
"La nervosité qui régnait déjà au sein du parti travailliste quant à la capacité de Keir Starmer à redresser la situation électorale va s'accentuer", a-t-il ajouté.
"Starmer va devoir mener une guerre plus affirmée sur deux fronts", indique à l'AFP Louise Thompson, professeure de sciences politiques à l'université de Manchester, même si elle estime que ce résultat est sans doute plus le fruit d'un "vote anti-Reform" qu'une adhésion au programme des Verts.
Les critiques n'ont d'ailleurs pas tardé. Le groupe Mainstream, interne au Labour, a fustigé "l'erreur catastrophique" de la direction du Labour, qui avait bloqué la candidature pour ce scrutin du maire de Manchester Andy Burnham, considéré comme un rival de Keir Starmer.
"Nous avons besoin d'un changement immédiat et fondamental", a-t-il insisté.
"Les Verts ont gagné parce que le Labour sous Starmer a abandonné ses valeurs progressives, imité l'extrême droite au lieu de se battre contre elle", a réagi sur X Andrea Egan, le chef du puissant syndicat Unison.
S.Jackson--AT