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Ali Larijani, l'homme des coulisses de la politique nucléaire de l'Iran
Lorsque les discussions entre Téhéran et Washington reprendront jeudi à Genève, Ali Larijani, principal responsable des dossiers sécuritaires en Iran, ne sera pas dans les murs, mais jouera un rôle clé en coulisses.
A la tête du Conseil suprême de sécurité nationale, Ali Larijani est de nouveau au coeur de la politique nucléaire et de la diplomatie de l'Iran, après quelques années en marge.
Fin janvier, il a été choisi pour rencontrer le président russe Vladimir Poutine à Moscou, avant de s'entretenir ce mois-ci avec des responsables du Golfe désireux de réduire les tensions avec Washington.
Le sexagénaire, habitué à concilier loyauté idéologique et pragmatisme, est réputé jouir de la confiance du guide suprême, l'ayatollah Ali Khamenei, après une longue carrière au sein de l'armée, des médias et du Parlement.
Quelques semaines après la guerre Iran-Israël de juin 2025, il est nommé à la tête du principal organe de sécurité, qu'il avait déjà présidé 20 ans plus tôt, coordonnant les stratégies de défense et supervisant la politique nucléaire.
Depuis, l'homme à la barbe grisonnante, sous le coup de sanctions américaines, est de plus en plus présent sur la scène diplomatique, où le ministre des Affaires étrangères, Abbas Araghchi porte publiquement la voix de son pays.
- "Fin tacticien" -
"Il joue aujourd'hui un rôle plus important que la plupart de ses prédécesseurs", avance Ali Vaez, en charge de l'Iran au centre de réflexion International Crisis Group (ICG).
"Larijani est un véritable homme du sérail, un fin tacticien, familier du fonctionnement du système et des inclinations du guide suprême", poursuit l'analyste.
Né en 1957 à Najaf, en Irak, M. Larijani est le fils d'un éminent dignitaire chiite proche de l'ayatollah Rouhollah Khomeini, fondateur de la République islamique.
Ancien combattant des Gardiens de la Révolution - l'armée idéologique de la République islamique - durant la guerre avec l'Irak (1980-1988), ce titulaire d'un doctorat en philosophie occidentale de l'université de Téhéran dirige à partir de 1994 l'audiovisuel d'Etat (Irib), pendant une décennie.
En 1996, déjà, il est nommé représentant d'Ali Khamenei au sein du Conseil suprême de sécurité nationale, puis secrétaire.
Entre 2005 et 2007, il est le principal négociateur sur le nucléaire, face à Londres, Paris, Berlin et Moscou.
Candidat à la présidentielle en 2005, il est évincé par son rival populiste Mahmoud Ahmadinejad. Il préside ensuite le Parlement, de 2008 à 2020, mais sa candidature aux présidentielles de 2021 et 2024 est écartée par le Conseil des gardiens de la Constitution.
- Président? -
Son retour à la tête du Conseil suprême de sécurité nationale en 2025 est interprété comme un tournant pragmatique dans la gestion sécuritaire du pays.
M. Larijani a soutenu l'accord nucléaire historique conclu en 2015 avec les grandes puissances, qui s'est délité trois ans plus tard avec le retrait des Etats-Unis de Donald Trump.
En mars 2025, avant des pourparlers irano-américains stoppés net par la guerre provoquée par une attaque israélienne, il met en garde contre le risque de pousser Téhéran vers le nucléaire militaire.
"Nous n'allons pas vers des armes (nucléaires), mais si vous faites une erreur (...), vous forcerez l'Iran à aller dans cette direction, car il doit se défendre", dit-il à la télévision d'Etat.
Il martèle que les négociations doivent se cantonner au nucléaire, défendant comme un droit souverain de l'Iran l'enrichissement d'uranium.
Il juge peu probable une guerre avec les Etats-Unis, qui comprennent, selon lui, qu'il y a peu à gagner et beaucoup à perdre.
M. Larijani fait partie des responsables sanctionnés par Washington pour la "répression violente" en janvier, d'un vaste mouvement de contestation déclenché par des manifestations contre le marasme économique.
S'il a reconnu les difficultés économiques, il a imputé les violences, comme le veut la position officielle, à l'ingérence américaine et israélienne.
D'après Ali Vaez, il est guidé par des ambitions à long terme. "Larijani veut clairement devenir président", juge l'analyste. "Cela l'incite à vouloir à la fois préserver le système et ne pas brûler ses cartes."
H.Gonzales--AT