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Après une visite remarquée au Kremlin, le président de Madagascar à l'Elysée mardi
Il a réservé ses premières visites internationales aux Emirats arabes unis, à l'Afrique du Sud et surtout à la Russie: le colonel Michaël Randrianirina, nouveau dirigeant de Madagascar, rencontrera mardi le président français Emmanuel Macron dans une volonté commune de renouveler la relation entre les deux pays.
"L'étape pour nous c'est de consolider et de renouveler cette relation politique en lien avec l'objectif du président de la République de renouvellement des partenariats avec un certain nombre de pays africains", a expliqué la présidence française, soulignant que la relation avec Madagascar restait "prioritaire pour la France en Afrique".
Situé sur des routes maritimes stratégiques reliant l'Afrique, le Moyen-Orient et l'Asie, Madagascar, ancienne colonie française (1897-1960), dispose en outre de ressources naturelles multiples - du nickel au cobalt et graphite, en passant par des terres agricoles et une grande biodiversité - qui attisent les convoitises.
Si la France s'efforce de construire un partenariat "d'égal à égal" pour rompre avec l'image néocoloniale, elle espère également maintenir son influence face à la montée en puissance de pays comme la Chine, l'Inde et les Emirats, et plus récemment la Russie.
Du côté de Madagascar, l'objectif est d'éviter une dépendance exclusive à la France en multipliant les partenariats, un mouvement déjà opéré sous la présidence d'Andry Rajoelina et qui pourrait s'amplifier avec Michaël Randrianirina, porté au pouvoir à l'automne dernier par une mutinerie de l'armée à la faveur d'une vaste contestation populaire.
Celui-ci s'est en effet positionné comme "président de la Refondation de la République". Outre la réorganisation des institutions politiques, il doit améliorer la situation socio-économique du pays, dont une grande majorité de la population vit dans la pauvreté.
Interrogé par les médias avant de s'envoler pour la France, le dirigeant malgache a souligné que les visites en Russie et en France n'avaient "aucun lien entre elles". "Ces deux pays nous ont chacun adressé une invitation et nous répondons à ces invitations", a-t-il dit.
- Des bénéfices pour la population -
"Nous suivons la politique que nous avons adoptée en matière de diplomatie: établir des relations avec les pays qui peuvent apporter des bénéfices au peuple malgache", a-t-il ajouté.
Jeudi, Michaël Randrianirina, en visite à Moscou, a ainsi annoncé "une nouvelle ère de coopération".
Déjà depuis janvier, des instructeurs militaires russes sont sur la Grande île pour former leurs homologues malgaches au maniement d'armes livrées en décembre, dont des drones.
A Paris, on ne s'étonne pas de ce rapprochement même si on reste attentif à cette évolution.
"Pendant la Deuxième République malgache d'inspiration socialiste (1975 à 1992), qui prônait le non-alignement, des liens diplomatiques et militaires assez forts s'étaient (déjà) développés entre le Pacte de Varsovie et Madagascar", rappelle Samuel Sanchez, professeur à l'université Panthéon-Sorbonne et auteur de "Madagascar, une approche de l'histoire par les documents".
"De nombreux militaires malgaches des années 1970-80 ont ainsi reçu leur formation en Union soviétique et dans les pays du Bloc de l'Est. Il y a sans doute un legs de cette époque-là", poursuit l'historien.
Il note que le nouveau président semble en outre reprendre "le concept de +diplomatie tous azimuts+ qui était chère au président Didier Ratsiraka", lequel dirigea la Grande île pendant plus de 20 ans au total. A l'évidence, il "essaie de tirer profit de la compétition géopolitique actuelle".
"Dans une stratégie de non-alignement, il multiplie les contacts avec les différents acteurs géopolitiques mondiaux. Il s'efforce de tracer une voie malgache qui ne soit pas une dépendance vis-à-vis d'un seul acteur", analyse M. Sanchez.
Pour autant, dit-il, "au-delà de l'affichage diplomatique, si on observe la situation économique de Madagascar, plus de 30% des exportations malgaches se dirigent vers l'Union européenne (dont la moitié de ce chiffre vers la France), alors que la Russie reste un partenaire économique mineur de Madagascar, avec moins de 1% des exportations malgaches destinées à ce pays".
Si à Paris, on prend acte de la nouvelle réalité - la France ne peut pas imposer l'exclusivité d'un partenariat -, on compte passer les messages sur la ligne rouge: la déstabilisation du lien entre la France et Madagascar.
On alerte aussi sur les risques d'une coopération intense avec la Russie qui exerce une forme de prédation dans plusieurs terrains d'Afrique.
"Beaucoup de diplomates sont prudents" et inquiets "de la rapidité avec laquelle la Russie a réagi" pour se rapprocher du nouveau président, explique une source diplomatique occidentale à Madagascar, soulignant qu'une fois installés, il sera difficile de faire repartir les Russes si leur présence devenait indésirable.
S.Jackson--AT