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Le Pakistan mène des frappes meurtrières en Afghanistan
Le Pakistan a annoncé dimanche avoir mené des frappes aériennes contre des groupes armés à la frontière de l'Afghanistan, où les autorités ont fait état de dizaines de morts et blessés, dont des enfants.
Ces bombardements sont les plus importants depuis des affrontements qui ont fait des dizaines de morts entre les deux voisins en octobre.
Le Pakistan les a justifiés par "de récents attentats-suicides", dont l'un dans une mosquée Islamabad début février.
L'armée pakistanaise "a mené des frappes sélectives sur la base de renseignements contre sept camps et refuges de terroristes appartenant aux talibans pakistanais" (TTP), a déclaré dans un communiqué le ministère de l'Information.
Elle a également ciblé un groupe affilié à l'organisation jihadiste Etat islamique (EI), ajoute le communiqué publié sur X par le ministre de l'Information Attaullah Tarar, sans préciser où ces frappes avaient été menées.
Le porte-parole du gouvernement afghan, Zabihullah Mujahid, a affirmé sur X que le Pakistan avait "bombardé (des) civils dans les provinces de Nangarhar et de Paktika (est, ndlr), faisant des dizaines de martyrs et blessés, dont des femmes et des enfants".
"Les généraux pakistanais tentent de compenser les faiblesses sécuritaires de leur pays par ces crimes", a-t-il dénoncé.
Le ministère de la Défense afghan a également parlé de "dizaines de civils (...) tués et blessés".
Dans le district de Bihsud, en Nangarhar, un bulldozer fouillait les décombres de bâtiments à la recherche de victimes, a constaté un journaliste de l'AFP.
- "Des gens ordinaires" -
Les bombardements ont commencé vers minuit et ont touché trois districts, a indiqué la police locale à l'AFP.
"Des civils ont été tués. Dans une maison, il y avait 23 membres d'une même famille. Cinq blessés ont été évacués", a déclaré le porte-parole de la police, Sayed Tayeeb Hammad.
Les habitants de cette région montagneuse et isolée se sont joints aux secours pour rechercher des corps.
"Les gens d'ici sont des gens ordinaires. Les habitants de ce village sont nos proches", se désole Amin Gul Amin, 37 ans, auprès de l'AFP, éprouvé d'avoir entendu "une personne qui avait survécu (au bombardement) crier à l'aide".
"Certains corps ont été retirés, mais d'autres sont toujours sous les décombres", ajoute-t-il.
Le ministère afghan de la Défense a déclaré qu'il "apporterait une réponse appropriée et calculée" aux frappes pakistanaises.
Longtemps proches, le Pakistan et l'Afghanistan s'affrontent sporadiquement depuis que les autorités talibanes ont pris le contrôle de Kaboul en 2021. Islamabad accuse son voisin d'abriter des militants armés qui lancent des attaques sur son territoire, ce que le gouvernement afghan dément.
Les relations se sont fortement détériorées ces derniers mois jusqu'à se transformer à la mi-octobre en un affrontement armé d'une ampleur inédite.
- Frontière fermée -
Selon Islamabad, les bombardements annoncés dimanche matin ont été ordonnés à la suite de plusieurs récentes attaques dans le nord-ouest ainsi qu'un attentat-suicide qui a fait 40 morts le 6 février lors de la prière du vendredi dans une mosquée chiite d'Islamabad.
Cette dernière attaque, revendiquée par l'EI, a été la plus meurtrière à Islamabad depuis un attentat à la bombe contre l'hôtel Marriott en 2008, qui avait fait 60 morts.
Si le Pakistan est un pays à majorité sunnite, les chiites représentent 10 à 15% de la population et ont déjà été pris pour cibles par le passé.
Islamabad a assuré dimanche que les autorités talibanes, malgré ses avertissements, n'avaient pas agi contre les groupes armés agissant depuis le territoire afghan.
"Le Pakistan s'est toujours efforcé de préserver la paix et la stabilité dans la région, mais, dans le même temps, la sûreté et la sécurité de nos citoyens demeurent notre priorité absolue", a affirmé le gouvernement, appelant la communauté internationale à faire pression sur Kaboul.
Depuis la mi-octobre, la frontière terrestre entre les deux pays est fermée, à quelques exceptions (Afghans renvoyés du Pakistan), affectant les échanges commerciaux et la vie de populations habituées à passer d'un côté à l'autre.
"Au cours des trois derniers mois de 2025, 70 civils ont été tués et 478 blessés en Afghanistan par des actions attribuées aux forces pakistanaises", selon un rapport de la mission des Nations unies en Afghanistan (Unama) publié le 8 février.
Les affrontements les plus violents entre les deux pays voisins en octobre ont causé la mort de 47 civils afghans, dont neuf le 15 octobre à Kaboul.
"Le nombre de victimes civiles dans des affrontements transfrontaliers entre le 1er octobre et le 31 décembre 2025 dépasse de loin le nombre enregistré annuellement" depuis 2011, ajoute l'Unama.
H.Romero--AT