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"Savoir demander pardon": amnistie historique au Venezuela
Une loi d'amnistie permettant la libération des détenus politiques au Venezuela a été approuvée jeudi par l'Assemblée nationale et promulguée par la présidente par intérim moins de deux mois après la capture de Nicolas Maduro le 3 janvier lors d'une opération militaire des Etats-Unis.
"Il faut savoir demander pardon et il faut aussi savoir recevoir le pardon", a lancé la présidente par intérim Delcy Rodriguez, après avoir signé le document promulguant la loi au palais présidentiel quelques minutes après son adoption à l'unanimité par les députés.
"Nous ouvrons de nouvelles voies pour la politique au Venezuela", a-t-elle estimé.
Répondant à une question visant à savoir quand se produiraient les libérations, Mme Rodriguez a indiqué qu'elles n'avaient jamais cessé.
Devant des prisons, les proches dont beaucoup campent depuis la promesse de libérations le 8 janvier, ont suivi avec fébrilité les débats sur des téléphones portables.
- Soulagement -
Promise sous la pression américaine par Mme Rodriguez, l'adoption après deux reports a donné lieu à des applaudissements retenus, synonymes de soulagement plus que de joie.
"(Je suis) heureuse, heureuse et pleine d’espoir, mais toujours sur le qui-vive, parce que tant que nous ne les verrons pas dehors, nous n’allons pas cesser de lutter", a affirmé à l'AFP Petra Vera, dont le beau-frère est emprisonné dans la Zona 7. Elle campe devant cette prison avec son mari.
Les proches de détenus politiques incarcérés dans la Zona 7 de Caracas, qui avaient entamé une grève de la faim, ont tous cessé leur mouvement après l'annonce. Exaspérées par les libérations au compte-gouttes, dix femmes avaient commencé une grève de la faim samedi, une seule la poursuivait jeudi. Elle a cessé son action après "136 heures" de jeûne selon un tableau accroché près des grévistes.
A l'Assemblée nationale, la séance a commencé avec plus de deux heures de retard, les négociations sur le texte ayant eu lieu jusqu'au dernier moment.
L'amnistie couvre des faits s'étant produits pendant treize périodes précises (manifestations et répression) alors que certains espéraient qu'elle couvre entièrement la période 1999-2026 et les présidences de feu Hugo Chavez (1999-2013) et Nicolas Maduro (2013-2026)
Alors que le pouvoir évoquait à plusieurs reprises la participation à des "faits violents", l'opposition a fait changer le texte pour évoquer la participation à des "manifestations et faits violents"
La loi prévoit aussi que les exilés pourront mandater des personnes devant la justice et "qu'après le dépôt de la demande d’amnistie, la personne ne pourra pas être privée de liberté pour les faits prévus par la présente loi", indique le texte.
- la Nobel de la Paix privée d'amnistie ? -
La loi ne bénéficiera pas comme prévu aux personnes ayant commis des "violations graves des droits de l’homme, crimes contre l’humanité (...) homicides (...)trafic de drogue (...) infractions de corruption".
Mais elle exclut aussi les personnes ayant "promu, instigué, sollicité, invoqué, favorisé, facilité, financé ou participé" à des "actions armées" contre le Venezuela, ce qui pourrait priver de la mesure de nombreux membres de l'opposition dont sa cheffe et Nobel de la Paix Maria Corina Machado, qui ont soutenu l'intervention américaine du 3 janvier.
Selon l'avocate Jackeline Sandoval, spécialiste des cas politiques, "il y aura une commission qui évaluera certains cas. Au final, ce seront les tribunaux qui décideront. Par conséquent, aucun policier ni militaire ne sortira" de prison dans l'immédiat. Et ce, alors que des dizaines de militaires et policiers accusés de comploter sont derrière les barreaux.
"Il n'est pas inutile de rappeler que l'histoire est en train de s'écrire en ce moment même", avait écrit sur X avant l'adoption de la loi Gonzalo Himiob, directeur de Foro Penal, qui défend les prisonniers politiques.
Selon cette ONG, le pouvoir a fait libérer quelque 450 prisonniers politiques, mais plus de 600 restent derrière les barreaux.
L'amnistie doit aussi éteindre les actions judiciaires contre les personnes en liberté conditionnelle.
"C'est une occasion en or et nous continuons à appeler à un nouveau moment politique de paix et de coexistence", a souligné Diego Casanova, du Comité pour la Liberté des prisonniers politiques (Clippve).
"On apprend aussi de la douleur, et à partir de ces douleurs nous entamons un processus dans lequel nous devons persévérer", a quant à lui assuré le président de l'Assemblée nationale.
Mme Rodriguez, qui a cédé à Washington le contrôle du pétrole et amorcé une normalisation des relations bilatérales, rompues en 2019, a aussi promis une réforme judiciaire après avoir fait approuver une nouvelle loi sur les hydrocarbures ouvrant le secteur au privé.
Y.Baker--AT