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Venezuela: l'Assemblée nationale commence l'examen de la loi d'amnistie
L’Assemblée nationale du Venezuela a commencé à débattre à nouveau jeudi de la loi d'amnistie qui doit permettre la libération des détenus politiques au Venezuela, moins de deux mois après la capture du président Nicolas Maduro le 3 janvier lors d'une spectaculaire opération militaire des Etats-Unis.
La séance sur cette loi, promise par la présidente par intérim Delcy Rodriguez sous pression américaine, était prévue à 16H00 locales (20H00 GMT) mais a commencé à 18H30 locales (22H30 GMT).
"L'Assemblée nationale a l'occasion de démontrer s'il existe ou non une véritable volonté de réconciliation nationale d'un point de vue des droits humains. Il n'est pas inutile de rappeler que l'histoire est en train de s'écrire en ce moment même", a écrit sur X Gonzalo Himiob, directeur de Foro Penal, qui défend les prisonniers politiques.
Selon cette ONG, si le pouvoir a fait libérer quelque 450 prisonniers politiques, plus de 600 restent derrière les barreaux.
"Le projet de loi d'amnistie pourrait être crucial pour les victimes et leurs familles, ainsi que pour la société vénézuélienne dans son ensemble", ont déclaré jeudi depuis Genève les experts des Nations unies dans un communiqué.
Ils ont estimé que "la loi doit se limiter aux victimes de violations des droits de l'homme et exclure expressément les personnes accusées de violations graves des droits de l'homme et de crimes contre l'humanité, y compris les acteurs étatiques, paramilitaires et non étatiques".
Le projet de loi de 13 articles est plus vague que les avant-projets qui avaient circulé avant la première lecture le 5 février. Le 12 février, les députés avaient reporté les débats, faute de consensus.
- Grève de la faim -
"Je suis très optimiste (...) Cette loi doit aboutir à la clôture d'un cycle de répression et à l'ouverture d'un cycle de réconciliation, de liberté et de justice pour tous ", a déclaré mercredi le député d'opposition Tomas Guanipa devant des familles de détenus à Caracas.
Il a néanmoins souligné que le pouvoir dispose de la majorité absolue à l'Assemblée -la majorité de l'opposition ayant boycotté les législatives de 2025- et que l'adoption "n'est pas entre les mains" de l'opposition.
Des points de blocage demeurent et des négociations se sont poursuivies avant le début des débats.
L'article 7 qui prévoit que les personnes amnistiées doivent "se mettre en règle" est un des sujets d'achoppement.
"Cet article (dit) tout simplement que la personne se mettant en règle est coupable", s'était insurgé le député Luis Florido (opposition), ajoutant que les détenus politiques étaient des "victimes".
On ne sait pas non plus comment fonctionnerait cet article pour les opposants en exil.
Selon des sources au sein de l'opposition, outre l'article 7, l'article 8, qui inclut des périodes précises de manifestations et répression, devrait aussi donner lieu à d'âpres débats, la loi devant initialement couvrir les 27 années de pouvoir de Hugo Chavez et Nicolas Maduro.
Le pouvoir avait annoncé un processus de libérations de détenus le 8 janvier. Depuis, des dizaines de proches campent devant les prisons. Exaspérées, une dizaine de femmes ont entamé samedi une grève de la faim devant la prison de Zona 7 dans Caracas. Quatre d'entre elles poursuivaient le mouvement mercredi soir.
"Notre grève de la faim est un acte désespéré mais pacifique face à une injustice prolongée. Nous ne demandons que la liberté, la dignité et le respect des droits humains", ont-elles écrit dans un texte distribué à la presse mercredi soir.
Elles espèrent que l'adoption de la loi permettra la sortie de tous les détenus.
Le débat à l'Assemblée intervient après une visite de quelques heures à Caracas du chef du commandement militaire américain pour l'Amérique latine et les Caraïbes (Southcom), le général Francis Donovan.
Il a rencontré mercredi Delcy Rodriguez et ses ministres de la Défense, Vladimir Padrino, et de l'Intérieur, Diosdado Cabello, qui ont pendant des années tenu des discours "anti-impérialistes".
Mme Rodriguez a déjà cédé à Washington le contrôle du pétrole et progresse dans la reprise des relations bilatérales, rompues en 2019.
Elle a aussi promis une réforme judiciaire après avoir fait approuver une nouvelle loi sur les hydrocarbures ouvrant le secteur au privé.
P.Hernandez--AT