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Fin des pourparlers entre Washington et Téhéran, Khamenei menace le porte-avions américain
L'Iran et les Etats-Unis ont conclu mardi près de Genève leur deuxième session de pourparlers dans un contexte toujours très tendu, le guide suprême iranien prévenant que le porte-avions américain présent dans le Golfe pouvait être coulé.
Au moment même où les deux délégations se trouvaient dans la résidence d'Oman, pays médiateur des discussions, l'ayatollah Ali Khamenei s'est livré à un discours virulent, assurant que l'Amérique n'arriverait jamais à détruire la République islamique.
Et face au déploiement dans le Golfe du porte-avions USS Abraham Lincoln, le dirigeant de 86 ans a haussé le ton. "Un navire de guerre est certes une arme dangereuse, mais l'arme capable de le couler l'est encore plus", a-t-il lancé.
Le porte-avions - embarquant près de 80 appareils - et ses navires d'escorte, se trouvent actuellement à environ 700 kilomètres des côtes iraniennes. Un deuxième, le Gerald Ford, doit le rejoindre, à une date qui reste incertaine.
La déclaration d'Ali Khamenei intervient alors que les Gardiens de la Révolution, l'armée idéologique du pays, mènent des manoeuvres militaires, aux airs de démonstration de force, dans le détroit d'Ormuz, point de passage stratégique pour le commerce mondial de pétrole.
Par mesure de "sécurité" pendant ces exercices, le détroit sera partiellement fermé, pendant "quelques heures", a rapporté la télévision d'Etat iranienne mardi.
- "Levée des sanctions" -
L'Iran et les Etats-Unis avaient renoué le dialogue le 6 février à Mascate, la capitale d'Oman, après une escalade de menaces de part et d'autre.
Cette fois, ils se sont retrouvés à la résidence de l'ambassadeur d'Oman à Cologny, commune voisine de Genève, pour environ trois heures et demi de discussions par messages interposés, selon les médias iraniens.
Arrivée dans la matinée, la délégation américaine a quitté les lieux vers 12H45 GMT suivie peu après par les négociateurs iraniens, selon les journalistes de l'AFP sur place.
Avec pour chefs de file, d'un côté l'émissaire Steve Witkoff et le gendre de Donald Trump, Jared Kushner; de l'autre, le chef de la diplomatie iranienne Abbas Araghchi.
Rien n'a filtré de ces pourparlers tenus à l'écart des regards, mais l'Iran avait salué lundi les échanges précédents de Mascate.
Au vu de ces premières discussions, "nous pouvons prudemment conclure que la position américaine sur la question nucléaire iranienne est devenue plus réaliste", avait souligné le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Esmaeil Baqaei.
Il a rappelé mardi que pour Téhéran, tout accord avec Washington devait être accompagné d'une levée des sanctions, deux éléments "indissociables".
Dans une économie asphyxiée par les sanctions internationales, le pouvoir d'achat des Iraniens s'est dégradé ces derniers mois, sur fond d'hyperinflation et de forte dépréciation de la monnaie.
- "Dilemme existentiel" -
Les pays occidentaux et Israël, considéré par des experts comme la seule puissance nucléaire au Moyen-Orient, soupçonnent l'Iran de vouloir se doter de l'arme nucléaire.
Téhéran dément nourrir de telles ambitions, mais insiste sur son "droit inaliénable" à développer une filière nucléaire civile et à enrichir l'uranium, notamment pour l'énergie, conformément aux dispositions du Traité de non-prolifération dont il est signataire.
Donald Trump a multiplié les avertissements après la répression dans le sang des manifestations massives en janvier en Iran, tout en laissant la porte ouverte à un règlement diplomatique, notamment sur le programme nucléaire iranien.
Faute d'accord, le président américain a menacé l'Iran de conséquences "traumatisantes" et a même évoqué ouvertement vendredi l'hypothèse d'un renversement du pouvoir.
Etats-Unis et Iran divergent sur la teneur de leurs discussions.
L'Iran ne veut parler que de son programme nucléaire. Washington, comme Israël, exige également qu'il limite son programme de missiles balistiques et cesse de soutenir des groupes armés régionaux.
Sur le volet nucléaire, l'Iran s'est dit prêt à un compromis concernant son stock d'uranium hautement enrichi, estimé à plus de 400 kg et dont le sort est incertain, si Washington lève ses mesures punitives.
L'Iran est "confronté à un dilemme existentiel: céder aux exigences américaines pourrait lui permettre d'obtenir un allègement des sanctions dont le pays aurait désespérément besoin", a analysé pour l'AFP Ali Fathollah-Nejad, du Centre de réflexion pour le Moyen-Orient et l'ordre global (CMEG).
Mais "toute concession significative sur les questions nucléaires, balistiques et relatives aux alliés régionaux risquerait de compromettre gravement sa position idéologique et militaire", a-t-il ajouté.
T.Perez--AT