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Hong Kong: le magnat de la presse pro-démocratie Jimmy Lai condamné à 20 ans de prison
Un tribunal de Hong Kong a condamné lundi à 20 ans de prison l'ex-magnat des médias pro-démocratie Jimmy Lai pour collusion avec l'étranger et publication séditieuse. Les défenseurs des droits voient dans sa condamnation le glas des libertés à Hong Kong.
La peine, prononcée malgré les pressions étrangères, est la plus lourde jamais infligée au titre de la loi sur la sécurité nationale imposée en 2020 par la Chine après les manifestations pro-démocratie, parfois violentes, qui avaient secoué l'année précédente le territoire rétrocédé par le Royaume-Uni en 1997.
Londres a promis d'intervenir "sans délai" en faveur de Jimmy Lai, qui détient un passeport britannique. Les autorités hongkongaises ont répliqué que Jimmy Lai était un citoyen chinois et qu'elles ne reconnaissaient pas la double nationalité. Pékin a jugé la condamnation "légitime" et a rejeté les ingérences étrangères.
Son fils Sebastien, inquiet comme tous ses supporteurs et ses proches pour la santé déclinante de son père âgé de 78 ans, s'est dit atterré dans un communiqué: "Condamner mon père à cette peine de prison draconienne est dévastateur pour notre famille et met sa vie en danger. Cela marque la destruction totale du système judiciaire de Hong Kong et la fin de la justice".
Alors qu'il était emmené, il a salué d'un geste de la main, le visage grave, les personnes présentes dans le public, parmi lesquelles son épouse Teresa et d'anciens journalistes d'Apple Daily, le journal pro-démocratie aujourd'hui fermé dont il était le fondateur.
Sa femme a quitté sans mot dire le tribunal, autour duquel les autorités avaient déployé des dizaines de policiers, un engin blindé et un véhicule de déminage.
L'homme d'affaires, reconnu coupable le 15 décembre, risquait la prison à vie.
Le tribunal a englobé dans les 20 années d'emprisonnement deux années d'une peine déjà prononcée contre lui pour fraude, ce qui devrait signifier qu'il purgera de fait 18 années de plus.
- "Rancoeur et haine" -
Le tribunal a également condamné huit coaccusés de Jimmy Lai, dont trois hauts responsables de la rédaction de l'Apple Daily à 10 ans de prison.
Dans leur jugement de 856 pages prononcé le 15 décembre, les juges avaient écrit que l'ex-magnat, poussé par sa "haine" envers la Chine, avait cherché à "renverser le Parti communiste chinois".
L'accusation présentait M. Lai comme le cerveau de complots visant à des actes hostiles de la part de pays étrangers contre Hong Kong ou la Chine, et à l'instauration de sanctions ou d'un blocus.
Jimmy Lai avait plaidé non-coupable. Il a 28 jours pour faire appel, selon son avocat Robert Pang.
Jimmy Lai est emprisonné depuis 2020 et est maintenu à l'isolement, "à sa demande" selon les autorités.
- "Raisonnable, légitime et légal" -
Les défenseurs des droits humains et de la presse ont exprimé leur consternation.
Le Comité pour la protection des journalistes a parlé de "coup de grâce à la liberté de la presse à Hong Kong". "Le rideau tombe sur la liberté de la presse à Hong Kong", a abondé Reporters sans Frontières.
La peine illustre "le démantèlement systématique des droits qui, autrefois, caractérisaient Hong Kong", ville désormais "gouvernée par la peur", a renchéri Amnesty International.
Les autorités de Hong Kong assurent que le cas de M. Lai n'a rien à voir avec la liberté d'expression.
"Les crimes de Jimmy Lai sont odieux et extrêmement graves", a assuré le chef de l'exécutif de Hong Kong, John Lee, dans un communiqué.
La ministre britannique des Affaires étrangères Yvette Cooper a promis d'"intervenir davantage et sans délai" en faveur de Jimmy Lai.
Le Royaume-Uni et l'Union européenne dénoncent le caractère "politique" du procès. La condamnation est prononcée alors que Londres s'emploie à réchauffer ses relations avec Pékin après des années de froid. Le Premier ministre britannique Keir Starmer a dit avoir évoqué le dossier lors de sa visite en Chine fin janvier, au cours de ses entretiens avec le président chinois Xi Jinping.
L'Union européenne a demandé la "libération immédiate" de Jimmy Lai.
La condamnation de Jimmy Lai est "raisonnable, légitime et légal(e)", a dit un porte-parole des Affaires étrangères chinoises, Lin Jian. Il a pressé les pays étrangers de "respecter la souveraineté de la Chine" et de s'abstenir de "déclarations irresponsables".
W.Stewart--AT