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David Trimble, "faucon" protestant converti à la paix
Ancien "faucon" extrémiste devenu un pragmatique modéré, l'ex-Premier ministre nord-irlandais David Trimble, décédé lundi à 77 ans, fut l'un des artisans de la difficile réconciliation entre protestants et catholiques en Irlande du Nord, distingué par un prix Nobel de la paix.
Ce juriste protestant entré en politique au début des années 1970 dans les rangs du parti unioniste Vanguard, proche des paramilitaires, a contribué à façonner, un quart de siècle plus tard, l'Accord de paix du Vendredi saint avec feu le catholique John Hume, colauréat du Nobel.
David Trimble a dirigé le premier gouvernement de partage du pouvoir issu de cet accord qui a soldé trois décennies d'affrontements sanglants entre républicains nationalistes (majoritairement catholiques), partisans de la réunification de l'Irlande, et Loyalistes unionistes (majoritairement protestants), défenseurs du maintien dans la Couronne britannique.
Il fut un habile équilibriste, comme l'a décrit le journaliste et biographe Andrew Roth, "entre le sectarisme protestant extrême et le centre modéré".
Il est mort lundi "des suites d'une courte maladie", a annoncé sa famille.
- Orangiste pur jus -
William David Trimble est né le 15 octobre 1944 dans une famille de la classe moyenne de Bangor, dans l'est de la province britannique d'Irlande du Nord. D'un tempérament studieux, il obtient un diplôme de droit en 1968 à la Queen's University de Belfast, où il enseignera par la suite.
Ironie de l'histoire, ce grand fan d'Elvis Presley se pose pendant longtemps comme un ardent défenseur de la ligne dure face aux catholiques, contribuant à faire échouer des tentatives de paix.
En 1974, il est avec ceux qui protestent contre l'accord de Sunningdale, première ébauche d'un règlement politique de la question nord-irlandaise. En 1985, il s'oppose à l'accord anglo-irlandais, nouvelle tentative ratée.
Après avoir côtoyé les extrémistes de Vanguard, David Trimble rallie en 1978 le Parti unioniste d'Ulster (UPP), dont il prend la tête en 1995, cinq ans après son premier mandat de député au Parlement britannique, à Londres.
L'élection à la tête de l'UPP de ce membre éminent de l'ordre d'Orange, confrérie protestante la plus puissante de la province, à la faveur d'un programme très musclé, semble rendre impossible toute négociation avec la partie adverse.
"Trimble était perçu par les nationalistes comme (...) un unioniste au mauvais caractère et irascible, avec une mentalité intransigeante typique", soulignait en 1999 le quotidien britannique The Guardian.
Mais Trimble déjoue les pronostics, prenant prudemment le chemin de la table des négociations, avec un pragmatisme et un sens politique insoupçonnés.
A l'automne 1997, après le cessez-le-feu de l'Armée républicaine irlandaise (IRA), il devient le premier responsable unioniste à entamer le dialogue avec les républicains du Sinn Fein, branche politique de l'IRA - même si son leader Gerry Adams est "l'être humain le plus épouvantable qu'(il ait) jamais rencontré".
Une fois l'accord de paix signé, après des mois d'intenses discussions, il ne ménage pas ses efforts pour convaincre les unionistes qui crient à la trahison d'accepter le compromis historique.
- U2 -
Trois ans après avoir défilé main dans la main avec le fondamentaliste Ian Paisley lors d'une marche orangiste, David Trimble serre la main du chanteur irlandais Bono (U2) et celle de John Hume lors d'un concert pour la paix à Belfast qui contribuera à la victoire du "oui" au référendum sur l'accord du Vendredi saint.
Mais la paix n'est pas un long fleuve tranquille et le partage du pouvoir se révèle ardu.
La question du désarmement de l'IRA - effectif en 2005 - entraîne la suspension des institutions régionales à quatre reprises, jusqu'à leur suspension complète en octobre 2002 pendant cinq ans après des allégations d'espionnage visant des membres du Sinn Fein.
En 2005, David Trimble essuie une défaite cuisante aux législatives britanniques. Il intègre alors le Parti conservateur et la Chambre des Lords.
En 2019, ce partisan du Brexit et père de quatre enfants admet devant la chambre haute être revenu sur son opposition au mariage entre personnes de même sexe après l'union de sa fille aînée avec sa compagne, nouveau signe de son pragmatisme face à l'évolution de l'histoire.
K.Hill--AT