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Un déjà-vu angoissant pour les déplacés du conflit Thaïlande-Cambodge
Les dizaines de milliers de personnes à nouveau contraintes de fuir les combats à la frontière entre la Thaïlande et le Cambodge, comme il y a cinq mois, n'aspirent qu'à une chose: "retrouver une vie normale".
Les courbes asphaltées du circuit international de Buriram, dans l'est de la Thaïlande, accueilleront d'ici moins de trois mois la première manche du championnat du monde de vitesse moto.
L'enceinte sportive abrite pour l'instant un autre public: des centaines de familles évacuées après la reprise des affrontements frontaliers dimanche soir avec le Cambodge, comme en juillet dernier.
"Je voudrais que le gouvernement s'occupe de ça une bonne fois pour toutes", dit à l'AFP Boonsong Boonpimay, un agent d'entretien de 51 ans. "Sinon, on va devoir continuer à vivre comme ça, sans pouvoir travailler et en permanence sur le qui-vive".
Cinq jours de combats entre la Thaïlande et le Cambodge, qui se disputent depuis longtemps des morceaux de territoire le long de leur frontière, avaient fait 43 morts et causé l'évacuation d'environ 300.000 personnes en juillet.
Un accord de cessez-le-feu a été signé fin octobre, sous l'égide du président américain Donald Trump, mais il n'a pas tenu longtemps et les hostilités sont reparties cette semaine entre les deux voisins d'Asie du Sud-Est.
- "Au jour le jour" -
Le propriétaire du circuit de Buriram, l'ancien homme politique Newin Chidchob, se doutait que la trêve n'allait pas durer et avait anticipé un nouvel afflux de déplacés ici, à 70 kilomètres de la frontière.
"Toutes les tentes que vous pouvez voir, on les avait préparées il y a cinq mois", explique-t-il à l'AFP. "Lorsque les choses se sont calmées la dernière fois et que les villageois sont rentrés chez eux, on savait que tout ne rentrerait pas vraiment dans l'ordre".
Derrière lui, des enfants font la course sur le tarmac du circuit ou s'assoient plus sagement en tailleur pour regarder des films projetés sur un écran géant. Leurs parents préfèrent eux s'abriter de la chaleur sous de vastes tentes en forme de silos.
"On vit au jour le jour, on a des dettes et des enfants à nourrir", témoigne avec lassitude Painee Khengnok, un agriculteur de 60 ans forcé de quitter à la hâte sa ferme de caoutchouc. "Le gouvernement peut faire ce qu'il veut, tant qu'il règle ça rapidement pour qu'on puisse retrouver une vie normale".
- "La paix" -
La résignation est la même du côté cambodgien, où Ros Sambok, 31 ans, a trouvé refuge avec sa famille dans l'enceinte d'un temple bouddhiste de la province de Siem Reap, loin de la ligne de front.
"C'est la troisième fois que je dois fuir ma maison", raconte cette mère de famille, son enfant de 5 ans dans les bras. "Je pouvais à peine dormir ces derniers mois. Les autorités nous ont demandé d'être prêts en permanence".
Ros vit dans un village à proximité du temple Ta Krabey, que revendique la Thaïlande. Elle préparait le petit-déjeuner pour sa famille, vers 7 heures du matin lundi, lorsqu'elle a entendu des bombardements.
La trentenaire et ses proches ont immédiatement décidé de prendre la fuite, entassés à vingt dans une camionnette de fortune.
"Je veux simplement la paix pour que les enfants puissent aller ensemble à l'école", demande-t-elle. "Les soldats thaïlandais continuent de nous mener la vie dure. Nous voulons la paix, mais eux n'en veulent pas".
Abritée au même endroit, Tiv Phon, une Cambodgienne de 54 ans, a également été évacuée pour la troisième fois en quelques mois.
"Ils (les Thaïlandais) ont tellement tiré qu'on ne pouvait pas rester. J'avais tellement peur", affirme-t-elle. "On se sent plus en sécurité ici au temple. Le Bouddha veille sur nous".
burs-jts-sdu/clc
J.Gomez--AT