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Johannesburg se fait propre pour le G20, ses habitants grincent des dents
Lorsque les dirigeants du G20 se retrouveront la semaine prochaine en sommet à Johannesburg, ils apercevront de leurs cortèges une ville aux trottoirs balayés, aux nids-de-poule comblés et même des fleurs à certains endroits, un effort de dernière minute pour tenter de cacher des années de négligence.
"Comment pouvez-vous balayer votre maison uniquement lorsque vous avez des invités?" s'exclame Gracious, conductrice de VTC, résumant une frustration partagée par de nombreux habitants de la capitale économique sud-africaine. "Je les vois s'activer à réparer les nids de poule qu'ils faisaient semblant de ne pas voir avant", ironise la quinquagénaire.
Johannesburg a beau abriter le plus grand nombre de millionnaires du continent, des quartiers entiers offrent un spectacle de délabrement avancé, mêlant égouts à ciel ouvert, routes défoncées et habitat de fortune aux toits de tôle rouillée.
Pas une semaine ne se passe dans la ville de près de six millions d'habitants, un peu plus étendue que Londres avec ses 1.645 km2, sans que des habitants excédés ne descendent dans la rue pour réclamer de l'eau courante, de l'électricité ou le ramassage des ordures.
Le président Cyril Ramaphosa, consterné par l'état de laisser-aller et de saleté de la ville, avait tapé du poing sur la table en mars et sommé les autorités provinciales et la municipalité de redonner à Johannesburg un peu de son lustre d'antan.
Les bulldozers et autres équipes d'employés municipaux sont alors entrés en action.
"C'est vraiment honteux qu'il faille (attendre) que des personnalités étrangères visitent l'Afrique du Sud pour qu'on passe à l'action", s'énerve Abigail Thando, courtière en assurance de 34 ans, à la recherche de nouveaux clients dans un quartier étudiant .
Non loin, une tractopelle jaune déblaie non sans mal un amas de déchets en tous genres tandis qu'une société privée agrandit un carrefour surplombant le fameux pont Nelson Mandela.
- "Des jolis panneaux" -
Pour de nombreux habitants, ces efforts d'embellissement sont cosmétiques et ne changeront pas leur quotidien, concentrés qu'ils sont dans la zone du centre de conférence où se tiendra le sommet et sur le trajet qu'emprunteront les délégations depuis leurs hôtels luxueux.
Dans mon quartier, "il n'y a aucune amélioration", constate Ricco Tshesane.
Et l'éboueur de 43 ans de citer les coupures incessantes d'eau et d'électricité qui pourrissent le quotidien ou ces familles contraintes de partager une seule toilette en extérieur.
Selon la constitution sud-africaine, l'accès à l'eau, à l'électricité et à des sanitaires est un droit élémentaire que les municipalités se doivent de fournir, y compris dans les bidonvilles. Une déclaration d'intention restée lettre morte pour de nombreux habitants défavorisés.
Au fil d'un demi-siècle de mauvaise gestion, le centre-ville de Johannesburg s'est vidé de ses grandes entreprises, qui ont relocalisé dans des quartiers arborés et ultra-sécurisés plus au nord, pour laisser la place à des immeubles désormais gérés par des gangs criminels qui y entassent, moyennant loyer, des immigrants en situation irrégulière.
Surpeuplés et délabrés, ces squats donnent souvent lieu à des tragédies: en 2023, 70 personnes ont péri dans l'incendie d'un immeuble de cinq étages, pourtant propriété de la municipalité et inscrit au patrimoine.
"J'aurais aimé que tout cet argent soit dépensé pour résoudre la crise du logement. Après, on pourra toujours installer des jolis panneaux pour la venue de présidents", se désole Liz Makana, étudiante-infirmière de 21 ans.
- Plus d'emplois -
Quelques uns y trouvent leur compte, à l'instar d'Aphiwe, occupée à planter des fleurs près du centre de conférence du sommet, bordé d'arbres aux troncs décorés de tissus bleu, jaune et vert.
"Le grand changement pour quelqu'un comme moi, c'est que nous avons enfin du travail. Nous pouvons nourrir nos enfants", explique la jardinière, qui n'a pas souhaité donner son nom de famille.
Un engouement que ne partage pas tout le monde: un panneau du G20 a été nuitamment couvert d'inscriptions en rouge réclamant plus d'emplois, dans un pays où le chômage culmine à près de 32%.
Devant la grogne ambiante, le gouvernement a reconnu des défaillances, pris acte de la colère justifiée de nombreux administrés et le président Ramaphosa, de retour d'une tournée en Asie, a défendu les travaux d'embellissement comme la première étape d'une réhabilitation en profondeur de Johannesburg.
"Nous allons nous appuyer sur ces efforts comme un point de référence pour nous améliorer", a-t-il déclaré devant le parlement.
Tshesane demeure sceptique, et juge les travaux bien trop tardifs, même pour offrir une vitrine décente lors du G20, les 22 et 23 novembre.
"Le changement doit être quelque chose de constant, estime-t-il. Ils doivent s'occuper de la ville tous les jours".
D.Lopez--AT