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Réforme des retraites, santé à la diète: les ministres face aux députés sur l'inflammable budget de la Sécu
Le gouvernement a commencé à s'expliquer devant les députés mardi sur un projet de budget de la Sécurité sociale inflammable, après la promesse de Sébastien Lecornu d'y inscrire dès jeudi "la suspension de la réforme des retraites" en contradiction avec une sortie d'Emmanuel Macron susceptible de raviver des tensions.
Une brochette de ministres - Stéphanie Rist pour la Santé et ses collègues des Comptes publics, du Travail et des Solidarités, de l'Autonomie et du Handicap - est venue défendre, en commission des Affaires sociales, le projet de loi de financement de la Sécurité sociale et ses économies massives pour réduire le déficit à 17,5 milliards en 2026 (23 milliards en 2025).
Noeud politique majeur du texte: l'emblématique et impopulaire réforme des retraites de 2023. Dans l'hémicycle de l'Assemblée, plus d'une heure avant l'audition, le Premier ministre Sébastien Lecornu a annoncé un Conseil des ministres jeudi pour ajouter immédiatement, par "lettre rectificative", la "suspension de la réforme des retraites" au PLFSS, comme le demandaient la gauche et le RN.
La suspension de la réforme, une des concessions aux socialistes pour échapper à la censure, devait initialement s'ajouter au projet de budget de la Sécu via un amendement gouvernemental en novembre. Mais depuis plusieurs jours, LFI et le RN criaient à l'entourloupe, craignant l'enlisement des débats budgétaires et une adoption du texte initial par ordonnances fin décembre, sans cette mesure.
Le PLFSS mis sur la table par le gouvernement Lecornu 2, est d'une exceptionnelle rigueur financière, et plusieurs groupes politiques espèrent largement l'amender.
L'exécutif y limite la hausse des dépenses d'Assurance maladie à 1,6%, alors qu'elles progressent naturellement chaque année d'environ 4%. Et il table sur sept milliards d'économies en santé, pour beaucoup douloureuses.
Au moment où la Sécurité sociale fête ses 80 ans, plusieurs mesures ciblent les malades: nouvelle hausse des franchises (reste à charge des patients sur des consultations et médicaments), moindre remboursement chez le dentiste ou pour la délivrance de dispositifs médicaux (pansements...), limitation de la durée d'un premier arrêt maladie...
- "Piège" des retraites -
Parmi les autres irritants, une taxation supplémentaire des complémentaires santé, une hausse des cotisations patronales sur les oeuvres des CSE, ou une surcotisation sur les dépassements d'honoraires des médecins.
A l'hôpital, c'est "la pire cure d'économies depuis les années 2010", selon les fédérations hospitalières.
Le gel des pensions et de l'ensemble des prestations sociales (RSA, allocations familiales, APL...) en 2026, pour dégager 3,6 milliards d'euros d'économies, augure aussi de vifs débats. La seule sous-indexation des retraites, l'année dernière, avait participé à la chute du gouvernement de Michel Barnier.
Quelque 1.400 amendements avaient été déposés lundi soir par les différents groupes politiques, majoritairement de gauche. Le début de leur examen, initialement prévu jeudi, pourrait être compromis par la nouvelle annonce sur les retraites.
Sans 49.3, le gouvernement minoritaire propose un exercice inédit à une Assemblée morcelée, où chaque camp tentera d'arracher des victoires au gré d'alliances variables, le Sénat pouvant transfigurer l'ensemble...
Et les retraites restent un sujet hautement frictionnel.
En position charnière, le PS dit faire le "pari risqué" du débat sur le sujet, là où le reste de la gauche affiche sa méfiance. "Le piège se referme sur le PS", a réagi Manuel Bompard (LFI) après l'annonce du Premier ministre sur l'ajout prochain du projet de budget. "Il devra voter le budget de la sécurité sociale avec toutes les horreurs qu’il contient. Sinon, le gouvernement imposera son budget par ordonnances".
La droite s'arc-boute contre cette suspension, promettant des débats houleux à l'issue incertaine.
Emmanuel Macron, lui, semble remettre de l'huile sur le feu. "Ni abrogation ni suspension", seulement un "décalage" d'une réforme des retraites "nécessaire": le président de la République a livré mardi, depuis la Slovénie, un discours un peu différent du Premier ministre. Il a aussi évoqué un hypothétique référendum, en cas d'accord entre partenaires sociaux sur le financement des retraites.
A.O.Scott--AT