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Avant une super année électorale, Merz promet la guerre à l'extrême droite
Le chancelier allemand Friedrich Merz a mis lundi son parti conservateur en ordre de bataille, désignant l'extrême droite, en plein essor, comme son "principal adversaire" à l'aube d'une année électorale chargée, fermant la porte à toute alliance.
Fondée en 2013, l'Alternative pour l'Allemagne (AfD), arrivée deuxième aux législatives de février dernier, distance désormais dans plusieurs sondages la CDU de M. Merz.
Dès lors, l'inquiétude grandit en Allemagne face à ce parti anti-UE, anti-immigration et pro-russe que beaucoup considèrent comme une menace pour l'ordre démocratique établi. D'autant que des élections régionales doivent se tenir dans cinq Länder (sur 16 en Allemagne) en 2026.
Impensable il y a quelques années encore dans un pays hanté par les horreurs nazies, la progression de cette formation est particulièrement forte à l'est, l'ex-RDA, mais même à l'ouest, elle attire de plus en plus d'électeurs.
"L'AfD veut ouvertement détruire la CDU, elle veut un autre pays", a accusé M. Merz lors d'une conférence de presse à Berlin après une réunion de deux jours de son parti.
- "Fidèle à Moscou" -
"Ce sont des questions fondamentales et des convictions politiques fondamentales qui nous séparent de l'AfD", a-t-il ajouté, accusant ce parti de remettre en cause "les décisions fondamentales" de l'Allemagne démocratique née en 1949, après la Seconde Guerre mondiale.
Décrivant l'AfD comme "autoritaire et fidèle à Moscou", le président de la bavaroise CSU, parti frère de la CDU, Markus Söder, a abondé dans le sens du chancelier allemand: "l'AfD veut notre place".
M. Merz a clairement rejeté les appels émis la semaine dernière par certains au sein de sa formation et de la CSU, qui s'étaient dits favorables à une coopération avec l'extrême droite. Ces derniers estimaient que la stratégie du cordon sanitaire, décidée en congrès en 2018, n'avait pas réussi à stopper la progression de l'AfD.
"Nous allons nous en démarquer très clairement et sans ambiguïté", a insisté M. Merz, jugeant que les propositions de coopération de l'Alternative pour l'Allemagne n'étaient pas une "main tendue" mais "une main qui veut nous détruire".
S'il a sonné la charge, c'est que cinq scrutins régionaux sont prévus l'an prochain, dont deux à l'est, en Saxe-Anhalt et dans le Mecklembourg-Poméranie occidentale, où l'AfD est attendue largement en tête, selon les sondages actuels.
A l'ouest, l'AfD peut espérer une deuxième ou troisième place dans le Bade-Wurtemberg, en Rhénanie Palatinat et à Berlin, derrière la CDU mais au coude-à-coude avec les sociaux-démocrates ou les Verts.
La présidente du parti, Alice Weidel, a fustigé l'offensive de M. Merz, ainsi que son attachement à son épineuse et conflictuelle alliance avec les sociaux-démocrates, partenaires de la coalition au pouvoir.
- "Paysage urbain" -
"Il nuit non seulement à l'avenir de la CDU, mais ruine aussi imprudemment les fondements de notre économie", a-t-elle asséné dans un communiqué.
"Merz et ses fonctionnaires luttent contre l'AfD, nous luttons pour l'Allemagne", a-t-elle lancé sur X.
Malgré son rejet de l'extrême droite, le chancelier a adopté des positions très tranchées sur l'immigration, un des sujets sur lesquels l'AfD a bâti sa popularité.
M. Merz en avait fait un thème fétiche lors de la campagne électorale des législatives en février dernier, après une série d'attaques commises par des étrangers.
Peu de temps avant le scrutin, il avait même accepté les votes de l'AfD pour faire passer au parlement une motion attaquant la politique migratoire du gouvernement précédent, ce que beaucoup avaient alors considéré comme une violation du cordon sanitaire.
Depuis son arrivée au pouvoir avec les sociaux-démocrates au printemps, Merz a opéré un tour de vis migratoire, avec des contrôles frontaliers plus stricts et des règles plus sévères pour accéder à la nationalité allemande.
Ces derniers jours, il a été critiqué à sa gauche pour avoir déclaré que l'immigration "était un problème dans le paysage urbain allemand", laissant à chacun le soin d'interpréter ce qu'il voulait dire exactement.
Interrogé lundi sur le sujet, il a défendu ses propos, affirmant n'avoir "rien à retirer" et pointant un problème "à la tombée de la nuit" que "les enfants et les filles" peuvent "confirmer".
O.Ortiz--AT