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Un film choral inédit donne la parole aux Soulèvements de la Terre
De Sainte-Soline à l'autoroute A69, les mobilisations des Soulèvements de la Terre secouent régulièrement l'actualité: loin de ces épisodes paroxystiques, un documentaire présenté dans un festival toulousain, donne pour la première fois longuement la parole à ces militants écologistes.
"Soulèvements", film d'1h45 du réalisateur Thomas Lacoste, retraçant seize parcours pour autant d'entretiens au long cours, était programmé au Festival international du film d'Environnement, dimanche à Toulouse.
"Cela serait une faute de ne pas programmer un film comme +Soulèvements+", a expliqué à l'AFP Antonin Haddad, le directeur du festival qui fête ses quinze ans d'existence, y voyant "un des films de l'année", susceptible de "créer des espaces d'échanges et de débats".
S'il se défend d'avoir réalisé un film militant, le réalisateur, extérieur au mouvement, assume, un "film assurément politique", dont l'idée prend sa source en 2023, année marquée en mars par les violents affrontements entre militants et forces de l'ordre autour des mégabassines, par la tentative avortée de dissolution du mouvement et l'émergence du qualificatif d'"écoterroristes".
"Là, je me dis qu'il ne faut pas laisser faire et qu'à minima, il faut s'interroger: comment un État peut-il criminaliser sa jeunesse pour les efforts qu'elle déploie afin d'inverser le funeste cours des choses ?", a expliqué à l'AFP M. Lacoste.
- "Attachement sensible" -
En réponse à cette "criminalisation", les Soulèvements sont attachés à un certain anonymat, ce qui a poussé le cinéaste à trouver les ingrédients pour "établir un rapport de confiance suffisant", comme il avait pu le faire dans un autre projet portant sur l'histoire du conflit au Pays basque.
"Très vite, on s'est mis d'accord sur l'objet, c'est-à-dire de faire un film à la fois réflexif et sensible", raconte-t-il, évoquant d'autres points "plus élémentaires" mais "hyper importants": "anonymiser les lieux, les personnes qui parlent" et "ne pas entrer dans l'organigramme du mouvement".
"On a décidé de faire confiance", a expliqué à l'AFP Martin Fraysse, membre des Soulèvements de la Terre et l'un des organisateurs du dernier rassemblement anti-A69 dans le Tarn, début juillet.
"Au-delà de la possible mise en danger de se montrer [...], il y a quelque chose d'important dans raconter l'attachement sensible à la terre et au vivant", a précisé l'un des seize visages du film, lors d'une des projections du film.
"Le film prend soin de donner suffisamment de repères aux regardants pour savoir où on est et de quoi on parle", souligne encore le réalisateur qui a voulu dresser une "espèce de géographie à la fois humaine et des luttes", dont certaines sont moins visibles que d'autres.
- "Filmer la pensée" -
A l'image de celle contre les retenues collinaires de La Clusaz, destinées à alimenter les canons à neige de cette station alpine, qui donne lieu à une séquence d'entretien émouvante entre une jeune militante de la "CluZAD" et le père de sa meilleure amie engagée dans la même lutte, ému et fier du combat des jeunes femmes.
A cela, s'ajoute un "pari cinématographique": "filmer la pensée, donc la parole, ce n'est pas forcément le plus aisé", confie le réalisateur. Mais la longueur des interviews permettent, selon lui, de sortir "le protagoniste de tout récitatif militant, de tout didactisme".
Les prises de parole sont entrecoupées de plans d'animaux, de paysages et parfois même de chants. Des respirations qu'il a décidé de filmer avec "la même attention", que ce soit "une vache, un cheval ou une paysanne".
"J'espère que l'intégrité et la dignité des visages saura vous toucher comme elles nous ont bouleversés à leur rencontre", s'est ému Thomas Lacoste, devant quelque 300 spectateurs, en majorité des jeunes.
Parmi eux, plusieurs avaient participé au mouvement contre le projet d'autoroute entre Toulouse et Castres.
"Le film tient en son cœur le +pourquoi+ de ce mouvement", il "humanise celles et ceux qu'on a appelé +les écoterroristes+", estime Virginie, une éducatrice spécialisée. Pour Océane, étudiante en Sciences sociales, "ça donne envie de soutenir de différentes manières".
Si la salle pleine et les discussions suscitées par le film "donnent de l'espoir", souligne le directeur du festival, Antonin Haddad, elles "nous attristent aussi. Si cela marche aussi bien, c'est qu'il y a un énorme trou à combler dans l'éducation citoyenne à l'écologie".
"Soulèvements" doit sortir en salles le 11 février.
M.King--AT