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A la frontière entre Afghanistan et Pakistan, soulagement et espoir de réouverture
Après une semaine de violences, les habitants de la frontière afghano-pakistanaise espèrent que les affrontements sont désormais derrière eux grâce à un deuxième accord de cessez-le-feu, dans cette région qui vit au rythme des échanges transfrontaliers.
Les points de passage restent fermés mais la vie a renoué avec un semblant de normalité de chaque côté: les boulangers pétrissent leurs pains, les marchands de fruits et légumes ont ressorti leurs charrettes et les clients vont et viennent dans les magasins.
"Les gens peuvent respirer et se sentent soulagés. Avant cela, les tirs ont endommagé quelques maisons du village", raconte Sadiq Shah, 56 ans, commerçant de Baizai, dans le district de Mohmand au Pakistan.
D'une rare intensité, la confrontation entre Afghanistan et Pakistan avait débuté après des explosions le 9 octobre dans la capitale afghane, que les autorités talibanes ont imputées au voisin pakistanais. En représailles, elles avaient déclenché à la frontière une offensive, à laquelle Islamabad avait promis une "réponse musclée".
Un premier cessez-le-feu, après une journée de heurts mercredi ayant tué des civils, avait tenu deux jours avant d'être violé par Islamabad, a accusé Kaboul.
Le Pakistan a dit mener des frappes contre des groupes armés, qui trouvent selon lui refuge sur le sol afghan pour ensuite perpétrer des attaques sur son territoire grâce à l'appui du gouvernement taliban, ce que celui-ci dément. Les deux parties ont approuvé dimanche un cessez-le-feu.
"C'est incroyable: les deux parties sont musulmanes, (de l'ethnie) pachtoune, alors pourquoi se battre ?", interroge Sadiq Shah. "Avant le commerce avec l'Afghanistan passait par ici et maintenant on se tire dessus, quel pays fait ça ?"
- "Pays frères et voisins" -
Cette semaine, la frontière n'a été ouverte que momentanément pour laisser passer les Afghans chassés ou expulsés du Pakistan, qui a lancé une vaste campagne à leur encontre dès 2023.
A Torkham (nord-ouest), point de passage très emprunté vers la province afghane de Nangarhar, une file indienne de camions colorés attend. Un vendeur de thé apporte réconfort aux chauffeurs bloqués depuis une semaine.
D'après un haut responsable des douanes pakistanaises à Peshawar, la grande ville non loin de la frontière, 1.574 camions, remorques et containers transportant ciment, médicaments, riz et autres produits de base sont en attente à Torkham.
Côté afghan, des fruits et légumes sont exportés en masse vers le Pakistan et "parce qu'ils sont en train de pourrir, des hommes d'affaires perdent de l'argent", rapporte Abdul Rahman Habib, porte-parole du ministère de l'Economie, sans estimer ces pertes.
En 2023-2024, le Pakistan a exporté pour un peu plus d'un milliard de dollars (857 millions d'euros) et importé pour 538 millions de dollars (461 millions d'euros) de l'Afghanistan, d'après l'Agence fédérale du revenu pakistanaise.
Abdul Rahman Habib avertit: si cette situation persiste, "cela peut augmenter les prix, le chômage et rendre le marchés instables".
"Les relations commerciales devraient être dissociées des questions politiques", plaide-t-il auprès de l'AFP.
"Les habitants ici n'ont pas de terres agricoles ni d'autre source de revenus, tout le monde dépend du commerce transfrontalier, d'un côté comme de l'autre", relate Niaz Mohammed Akhund, vendeur automobile de 39 ans à Spin Boldak, ville afghane de la province de Kandahar (sud) théâtre d'affrontements meurtriers la semaine dernière.
Pour cette raison, "les gens ici sont très contents du cessez-le-feu", poursuit Niaz Mohammed Akhund.
Nematullah, un vendeur de 24 ans sans patronyme, demande "aux deux gouvernements de ne pas reprendre leur confrontation".
"Nous espérons que ce problème ne resurgira pas", dit-il à l'AFP.
A Chaman, juste en face côté pakistanais, Imran Khan, qui travaille sur un marché, appelle les deux pays à instaurer un "mécanisme pour mettre fin à ces conflits et qu'ils commencent à se traiter comme des frères, car ils sont frères et voisins".
L'accord de trêve signé au Qatar prévoit la mise en place de "mécanismes pour consolider une paix durable", mais leurs contours n'ont pas été dévoilés.
A.O.Scott--AT